
En résumé
Historique médical (1951–1954) :
• En mars 1951 (à l’âge de 28 ans), Marie Bigot souffrit de migraines sévères, de vision trouble et d’abcès faciaux. L’ophtalmologiste Dr Sevegrand rapporta une vision réduite à 3/10 aux deux yeux avec des rétines pâles ; pronostic : « irrécupérable ».
• En avril 1951, son état se détériora rapidement jusqu’au coma avec une fièvre de 40 °C. Le 18 avril, elle développa une rigidité du côté droit, une exophtalmie, une insensibilité de la cornée droite, une surdité de l’oreille droite et d’autres signes neurologiques.
• Une trépanation exploratoire (craniotomie) réalisée le 29 avril 1951 par le professeur Ferey révéla une arachnoïdite de la fosse postérieure avec des adhérences autour des nerfs crâniens (5e, 7e, 8e et 11e) ainsi qu’une encéphalomyélite. Les adhérences furent libérées, mais les lésions furent considérées comme irréversibles.
• En juillet 1951, elle présentait une hémiplégie droite, des troubles moteurs, une aggravation de la vue (œil gauche : 1/10 ; œil droit : 2/10) et une surdité persistante de l’oreille droite. Un neuropsychiatre confirma l’origine organique et irréversible de la maladie.
• En août 1952, elle était presque totalement aveugle (cécité complète de l’œil droit, 1/100 à l’œil gauche), totalement sourde de l’oreille droite, anosmique (perte de l’odorat), avec des difficultés à avaler et à respirer. Elle avait besoin d’une canne, s’appuyait sur son côté paralysé et entra en hospice.
• Elle effectua des pèlerinages à Lourdes en 1952 et 1953 sans amélioration significative.
Guérison :
• Lors du pèlerinage d’octobre 1953, une récupération partielle survint : elle retrouva la sensibilité générale, put sentir les grains de son chapelet, marcher sans canne, et récupéra ensuite l’odorat. La vue et l’audition restaient cependant altérées.
• Lors du pèlerinage d’octobre 1954, la guérison complète eut lieu. Le 8 octobre, pendant la procession eucharistique, elle retrouva soudainement l’ouïe (« J’ai entendu clairement la foule chanter “Salut, Reine du Rosaire” »). Son audition fut confirmée le lendemain par le Dr Gubert.
• Le 11 octobre, alors qu’elle rentrait en train, elle retrouva soudainement toute sa vue (d’abord la perception de la lumière, puis une vision claire). Son médecin traitant, le Dr Gabriel Debroise, confirma une vision de 10/10 à l’aide d’un missel.
Enquête :
• Un dossier fut ouvert au Bureau Médical de Lourdes. Des dossiers médicaux approfondis furent examinés pendant deux ans par un panel de plus de 30 spécialistes (neurologues, chirurgiens, psychiatres de France et de l’étranger).
• De multiples examens de suivi, y compris des tests ophtalmologiques et audiologiques en 1955, confirmèrent une vision normale de 10/10 et une audition presque normale.
• Le 15 août 1956, le Comité Médical International accepta le cas. Le cardinal Clément Roques le déclara officiellement 59e miracle de Lourdes.
• Dr Gabriel Debroise (médecin traitant, 12 octobre 1954) :« Durant la nuit… Marie Bigot… a recouvré la vue… J’ai immédiatement voulu vérifier le degré d’acuité visuelle… La lecture de lettres aussi petites m’a permis de me convaincre qu’elle possédait une vision nette de 10/10. »
• Dr François Thiébaut (Faculté de médecine de Strasbourg, 1956) : « L’origine organique des troubles de Mlle Bigot ne fait aucun doute… La guérison soudaine de la surdité puis de la cécité, dont elle souffrait depuis plus de deux ans, ne paraît pas explicable par des causes naturelles. »
Analyse détaillée
Marie Bigot était une femme de 28 ans qui souffrait de migraines sévères, d’une vision trouble et d’abcès faciaux qui s’aggravaient avec le temps. En mars 1951, l’analyse de son médecin révéla une décoloration des deux yeux entraînant une acuité visuelle réduite à 3/10. Aucun diagnostic ne fut posé ce jour-là ; cependant, Marie tomba rapidement plus gravement malade et entra dans un état comateux le 3 avril suivant, avec une température atteignant un dangereux 40 °C.
Ses dossiers médicaux prirent ensuite une tournure encore plus alarmante : le 18 avril, l’état de la patiente était décrit comme continuant à se détériorer. Marie présentait une importante rigidité du côté droit, des yeux exorbités accompagnés d’un engourdissement de la cornée droite, ainsi qu’une perte auditive de l’oreille droite. Une trépanation exploratoire fut pratiquée le 29 avril, consistant à percer un trou dans le crâne afin de rechercher une cause organique. Une inflammation des arachnoïdes (les membranes entourant les nerfs) fut observée au cours de l’intervention, confirmant le diagnostic d’arachnoïdite de la fosse postérieure, accompagné d’une encéphalomyélite (inflammation du cerveau et de la moelle épinière).
Bien que les adhérences cicatricielles entourant les nerfs aient été libérées lors de l’opération, l’atrophie était devenue trop sévère pour inverser les dommages déjà subis. En juillet, la maladie neurologique avait progressé à plusieurs membres, provoquant une hémiplégie du bras et de la jambe droits accompagnée de troubles moteurs. Les deux yeux s’étaient aggravés et elle demeurait sourde de l’oreille droite. Souhaitant un second avis, l’établissement consulta un neuropsychiatre en décembre de cette même année, qui confirma l’exactitude du diagnostic. Il fut admis que la maladie était d’origine organique et irréversible à ce stade, rendant tout traitement inutile.
Aucun autre dossier n’existe avant août 1952, lorsqu’elle retourna chez son médecin dans un état encore pire, décrivant une sensation de « déchirement » dans la tête. Une cécité totale fut constatée à l’œil droit et une déficience extrême à gauche, réduite à 1/100. Elle distinguait à peine le jour de la nuit et devait marcher avec une canne dans la main gauche, s’appuyant sur son côté droit paralysé. Son odorat avait pratiquement disparu, la déglutition était difficile et sa respiration très limitée. Un second examen effectué plus tard le même mois conclut à une « cécité totale » et une « surdité totale ». Des soins palliatifs furent immédiatement mis en place, car la mort semblait proche.
Tout au long de l’aggravation de son état, Marie s’était rendue une première fois à Lourdes en octobre 1952 alors qu’elle était dans un état critique, sans résultat. Lors de son second pèlerinage un an plus tard, un documentariste la filma allongée sur sa civière, apparaissant clairement comme une invalide.
Pourtant, alors qu’elle assistait à la procession eucharistique durant ce second voyage, Marie retrouva des sensations dans tout son corps et put sentir les grains du rosaire entre ses doigts. Elle découvrit ensuite qu’elle pouvait marcher sans grande difficulté. Son odorat revint quelques heures plus tard. Bien que son médecin accompagnateur se réjouît de cette amélioration, le médecin-chef de Lourdes, le Dr François Leuret, demeura sceptique et constata lors de l’examen que sa vue et son audition restaient inchangées. Il signa toutefois un rapport médical affirmant que la patiente avait retrouvé des sensations dans sa jambe droite :
« Le pied repose clairement au sol pour la propulsion et la patiente le relève en marchant. Il suffit à peine de la soutenir lorsqu’elle marche. »
À partir de ce moment, la patiente abandonna sa canne et ses chaussures orthopédiques. Comme souvent dans la vie, la troisième fois fut la bonne. Marie Bigot fut encouragée par sa famille et ses soignants à effectuer un nouveau voyage à Lourdes à l’automne 1954 afin de convaincre le nouveau médecin-chef du bureau, le Dr Joseph Péllissier, d’enquêter sur cette guérison rejetée par son prédécesseur.
Un examen du 6 octobre n’indiqua aucune amélioration supplémentaire de sa cécité ou de sa surdité. Pourtant, deux jours plus tard, le 8 octobre, un événement inattendu survint : durant une nouvelle procession eucharistique, la pèlerine retrouva soudainement l’ouïe. Selon son témoignage :
« Soudainement, j’ai entendu quelque chose comme un bruit énorme. J’ai eu peur. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. J’ai entendu clairement la foule chanter “Je vous salue, Reine du Rosaire”. En même temps, ma douleur disparut… J’ai entendu mon voisin, un malade de Saint-Malo, me demander : “Marie, tu entends ?” Je répondis : “Chut !” Oui, j’entendais, et je comprenais les commentaires des gens. »
Son audition fut examinée le lendemain matin par l’oto-rhino-laryngologiste de Lourdes, le Dr Gubert, qui confirma qu’elle pouvait désormais entendre les sons normaux et même les chuchotements à deux mètres de distance.
La guérison s’acheva pendant le trajet en train du retour de Lourdes, le 11 octobre, lorsque la femme déclara commencer à percevoir la lumière, d’abord dans l’œil droit puis dans le gauche, avec une amélioration progressive en quelques instants. L’un de ses médecins accompagnateurs adressa alors une lettre au bureau médical attestant que tous les signes de cécité avaient disparu :
« Durant la nuit, vers deux heures du matin, Marie Bigot, frappée dans l’après-midi d’un mal de tête extrêmement violent ressenti d’abord dans la région frontale droite puis rapidement dans toute la tête, a retrouvé la vue… Je l’ai interrogée vers sept heures du matin à la gare… J’ai immédiatement voulu vérifier le degré de son acuité visuelle. Comme je n’avais aucune échelle visuelle avec moi, je me suis contenté d’utiliser l’impression de mon missel… La lecture de caractères aussi petits m’a convaincu qu’elle avait une vision nette de 10/10. »
— Dr Gabriel Debroise, médecin traitant, 12 octobre 1954
Bien que cet examen rudimentaire puisse susciter quelques doutes, les conclusions de Debroise furent confirmées par des examens ophtalmologiques ultérieurs en février 1955, qui évaluèrent son acuité visuelle à 10/10 aux deux yeux, jugée « complètement normale ». Le même examen confirma également la guérison de son audition :
« L’audition est totalement normale, mesurée au diapason et à la montre. L’oreille droite est identique à la gauche. »
Après avoir été informé de cette disparition quasi instantanée des symptômes, le bureau médical de Lourdes accepta d’ouvrir un dossier concernant Marie Bigot. Durant les deux années suivantes, un panel de plus de trente médecins — neurologues, chirurgiens, psychiatres anglais, français, néerlandais et italiens — examina ses dossiers médicaux et la convoqua pour de nouveaux examens.
Le panel conclut dans une déclaration publiée que l’état de la femme était organique et progressif, et que sa guérison spontanée devait être considérée comme miraculeuse :
« L’origine organique des troubles de Mlle Bigot ne fait aucun doute. Le professeur Ferey a pu vérifier durant l’opération l’existence d’une arachnoïdite de la fosse postérieure. Certes, cela seul ne suffit pas à expliquer tous les troubles observés ; mais une arachnoïdite ne survient jamais isolément : elle s’accompagne toujours d’une inflammation à l’origine des racines nerveuses, d’où proviennent les troubles constatés. Aucune manifestation psychogène n’a été observée chez cette patiente, et le fait qu’elle ait appris le braille afin de communiquer avec son entourage constitue en soi un argument en faveur de la nature organique de sa maladie. Conclusion : la guérison soudaine de la surdité puis de la cécité, dont elle souffrait depuis plus de deux ans, ne paraît pas explicable par des causes naturelles. »
— Dr François Thiebault, Faculté de médecine de Strasbourg, 15 août 1956
Marie Bigot fut officiellement reconnue comme le 59e miracle de Lourdes en 1956, ravivant l’intérêt du public pour les guérisons du sanctuaire. Elle continua à vivre en bonne santé sans rechute jusqu’à sa mort en 2016, à l’âge de 93 ans.
Toutes les attentes médicales étaient que Marie Bigot demeure invalide à vie, pourtant les faits semblent indiquer le contraire. Les cas d’arachnoïdite de la fosse postérieure — une cicatrisation de la membrane entourant le cervelet et le tronc cérébral — étaient relativement rares au milieu du XXe siècle, lorsque Marie Bigot fut diagnostiquée. Bien que des opérations de décompression de la fosse postérieure existent depuis les années 1930 pour traiter certaines anomalies cérébrales, les interventions chirurgicales destinées à atténuer les effets de cette maladie n’étaient pas réellement disponibles avant plusieurs années après sa guérison. Encore aujourd’hui, la plupart des formes d’arachnoïdite ne peuvent être que stabilisées par les traitements modernes et non guéries. Une invalidité durable est généralement attendue dans les formes chroniques de cette affection. Une rémission spontanée à un stade aussi avancé, et en seulement quelques heures, demeure autrement inconnue.
Sources : La guérison de Marie Bigot est examinée en détail par son médecin traitant, qui présente une chronologie approfondie de ses interventions médicales et de ses symptômes avant sa guérison. Voir Gabriel Debroise, Un Miracle de Lourdes en 1954 : La Guérison de Marie Bigot : Réflexions et récit d’un témoin (Bretagne, France : Imprimerie Bretonne, 1957) ainsi que le même auteur, « Curación Milagrosa de Marie Bigot en Lourdes: Testimonio de un Testigo », Revista de Espiritualidad, vol. 17, no 67 (1958), p. 410-422. Un PDF de ce dernier article est disponible ici : Revista de Espiritualidad – PDF de l’article. Un résumé des antécédents médicaux de Marie Bigot figure également dans l’annexe de Marnham, Lourdes, p. 192-194.