
En résumé
Historique médical (années 1960–2000) :
• Sœur Bernadette souffrait depuis quarante ans d’un syndrome de la queue de cheval. Cette affection survient lorsque les nerfs de la queue de cheval, situés dans le bas du dos et le bassin, subissent des lésions, entraînant souvent des douleurs chroniques et une incapacité progressive pouvant aller jusqu’à l’immobilité et l’incontinence. Son volumineux dossier médical, pesant à lui seul près de 4,5 kg une fois relié, retrace en détail une longue évolution de troubles neurodégénératifs s’aggravant sur plusieurs décennies
•Sœur Bernadette Moriau a développé des douleurs lombo-sacrées du côté gauche en 1965. Diagnostiquée avec un rétrécissement du canal rachidien, elle a subi sa première opération en 1968 sans amélioration.
• En 1987, des douleurs sciatiques chroniques se sont propagées dans ses jambes, nécessitant le port d’un corset cervico-lombaire.
• En 1988, elle a été officiellement reconnue invalide.
• Après un léger soulagement temporaire au début des années 1990, son état s’est aggravé : morphine quotidienne dès 1994, suivie d’incontinence urinaire, d’incontinence fécale et d’auto-sondages urinaires en 1995.
• En 2002, elle a été diagnostiquée avec une quasi-paraplégie — dépendante en grande partie d’un fauteuil roulant, portant une attelle métallique pour corriger un pied tombant gauche, et utilisant un appareil d’électrostimulation fonctionnelle (FES). D’autres infiltrations rachidiennes ont eu lieu en 2005, et une incontinence fécale complète est apparue en 2007, rendant les soins personnels presque impossibles.
Guérison :
• Le 11 juillet 2008, quelques jours après son pèlerinage à Lourdes, elle a vécu une guérison soudaine et complète à 17h45 alors qu’elle priait devant le Saint-Sacrement. Toutes les douleurs ont disparu, le contrôle intestinal et vésical est revenu, le pied tombant a disparu, et elle a immédiatement cessé la morphine, le stimulateur et tous les dispositifs médicaux. Le lendemain, elle a marché plus de cinq kilomètres.
Enquête :
• Un dossier a été ouvert par le Bureau Médical de Lourdes en 2009. Trois de ses principaux médecins — le Dr Christophe Fumery (médecin généraliste), le Dr Christophe Alliaume (rhumatologue) et le Dr Frank Becigneul (spécialiste de la douleur) — ont soumis un dossier médical détaillé.
• L’affaire a ensuite été transmise au Comité Médical International de Lourdes (CMIL). Les spécialistes Dr Claude Kenesi et Dr Claude Labrousse ont examiné le dossier. Le neurologue Dr Jean Pouget (Université Aix-Marseille) a demandé un nouvel électromyogramme afin de le comparer aux examens précédents. Les psychologues Dr Marie-Christine Mouren et Dr Jean-Philippe Boulenger l’ont interrogée afin d’écarter toute hystérie ou délire.
• Le Bureau a procédé à des examens complémentaires approfondis, incluant des imageries répétées et des tests électrophysiologiques. Le président du Bureau a déclaré que le dossier avait été étudié par au moins 300 médecins dans le cadre d’un processus rigoureux, collégial et évalué par les pairs.
• En novembre 2016, le CMIL a voté à 26 voix contre 1 pour reconnaître la guérison comme « une guérison inexpliquée, dans les limites actuelles de nos connaissances scientifiques ». Après de nouvelles vérifications par des médecins locaux en 2017, l’évêque Jacques Benoit-Gonnin l’a officiellement déclarée miracle le 11 février 2018 — le 70e miracle de Lourdes.


Analyse plus détaillée
Sœur Bernadette souffrait depuis quarante ans d’un syndrome de la queue de cheval. Cette affection survient lorsque les nerfs de la queue de cheval, situés dans le bas du dos et le bassin, subissent des lésions, entraînant souvent des douleurs chroniques et une incapacité progressive pouvant aller jusqu’à l’immobilité et l’incontinence.
Son volumineux dossier médical, pesant à lui seul près de 4,5 kg une fois relié, retrace en détail une longue évolution de troubles neurodégénératifs s’aggravant sur plusieurs décennies (figure 16). La religieuse était entrée au couvent à l’âge de 19 ans et avait initialement prévu de devenir infirmière dans sa jeunesse, mais des douleurs lombo-sacrées du côté gauche ont commencé à apparaître à partir de 1965. Il fut alors établi que ces douleurs étaient causées par un rétrécissement du canal rachidien, ce qui conduisit la patiente à subir une première intervention chirurgicale en 1968, sans amélioration. Sa troisième opération visait à traiter l’inflammation des racines nerveuses responsable de douleurs chroniques importantes. À ce stade, la patiente commença à prendre des analgésiques de manière régulière. Elle subit une quatrième et dernière intervention en 1975, au cours de laquelle un stimulateur nerveux intra-canalaire fut implanté dans son dos, mais sans résultat durable.
L’aggravation de son état de santé la contraignit à renoncer à son activité infirmière durant cette période. En 1987, les douleurs sciatiques chroniques s’étendirent aux jambes et elle dut porter un corset lombo-cervical. L’année suivante, elle fut officiellement reconnue comme invalide. Malgré une période transitoire d’amélioration au début des années 1990, avec une légère régression des symptômes, une nouvelle rechute l’obligea à recourir à des prises quotidiennes de morphine en 1994. Moins d’un an plus tard, elle reçut un diagnostic d’incontinence urinaire entraînant une perte du contrôle intestinal et nécessitant un autosondage.
En 2002, son état s’est détérioré à un rythme rapide lorsque son médecin l’a de nouveau déclarée invalide avec une quasi-paraplégie. Ses mouvements étaient extrêmement limités : elle se déplaçait généralement en fauteuil roulant et devait porter une attelle métallique à la jambe afin de corriger un pied tombant à la jambe gauche. Les mouvements de ses membres inférieurs nécessitaient un appareil d’électrostimulation fonctionnelle (FES).
En 2005, de nouvelles infiltrations rachidiennes furent constatées par son médecin, suivies en 2007 d’une incontinence biliaire complète qui rendait les soins personnels presque impossibles. Le médecin personnel de Bernadette, le Dr Christophe Fumer, recommanda à cette patiente de 69 ans de se rendre à Lourdes pour un renouveau spirituel. Le pèlerinage débuta le 4 juillet 2008 sans changement notable de son état physique ; au contraire, la religieuse se sentait encore plus malade à cause de l’épuisement lié au voyage.
Cela allait changer trois jours plus tard, le 11 juillet, lorsque, selon la religieuse, tous les symptômes disparurent soudainement et complètement pendant la messe :
« À exactement 17 h 45 (heure locale), nous priions pendant l’adoration du Saint-Sacrement et, soudainement, j’ai ressenti une détente dans mon corps accompagnée d’une chaleur qui partait du cœur et se diffusait dans tout le corps. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait… Je suis retournée dans ma chambre. Puis, j’ai entendu une voix intérieure me dire : “Enlève tes appareils”, et j’ai pensé à l’Évangile dans lequel Jésus dit aux paralytiques : “Lève-toi de ton lit et marche !” J’ai tout enlevé, c’est-à-dire le corset et les appareils des jambes et des pieds (le pied gauche était déjà remis en place). J’ai arrêté la morphine et le neurostimulateur. Puis, j’ai appelé sœur Marie-Albertine qui m’a demandé : “Que t’est-il arrivé ?” Presque quarante années de lutte contre la maladie, et en quelques minutes j’ai cessé d’être malade. C’est incroyable. »

Dire que cette guérison immédiate était extraordinaire serait encore en dessous de la réalité. La patiente rapporta que son pied déformé était désormais normal, que ses douleurs lombaires et dans les jambes avaient disparu, qu’elle avait retrouvé le contrôle de ses intestins et qu’elle avait immédiatement cessé les traitements à la morphine sans syndrome de sevrage. Sa mobilité s’améliora si rapidement qu’elle fut capable de marcher plus de cinq kilomètres avec sa belle-sœur dès le lendemain de la rémission de ses symptômes.
Le président du Bureau Médical de Lourdes souligna ensuite auprès des médias la rigueur du processus d’évaluation par les pairs concernant la guérison de sœur Moriau :
« Nous avons envoyé [la patiente] chez différents neurologues, chez différents rhumatologues et, en raison de la spécificité de sa maladie, nous avons demandé de répéter (deux fois) toutes sortes d’examens d’imagerie et d’électrophysiologie. Nous avons fait tout ce que l’on ferait en médecine pour être certains de son diagnostic… [le processus] est évalué par les pairs… Je peux affirmer avec une certitude absolue que le cas de sœur Bernadette a été examiné, lu et expertisé par au moins 300 médecins. Et si demain matin l’un de nos téléspectateurs est médecin et qu’un jour il passe dans le sud de la France, vient me voir et souhaite consulter le dossier de sœur Bernadette, je serai ravi de le lui montrer. Parce que… tout est ouvert et collégial, sans aucun secret. » (https://www.youtube.com/watch?v=EaG7mesmdH4&list=WL&index=6 11min50)
Sources : Sœur Moriau livre un témoignage direct de sa guérison dans son livre Ma Vie est un Miracle : Le récit d’une miraculée de Lourdes (Paris : Le Livre de Poche, 2020). Pour un résumé des antécédents médicaux de la patiente ainsi que du processus d’enquête mené à Lourdes, voir Paulo Nuno Martins, « Spontaneous Cure of “Cauda Equina Syndrome” Was Experienced by Sister Bernadette Moriau », International Journal of Clinical Studies & Medical Case Reports, vol. 9, no 1 (2021), p. 1-3, ainsi que « 70th Miracle of Lourdes », conférence du Dr Michael Moran du Comité Médical International de Lourdes, 21 avril 2018. Vidéo YouTube de la conférence « 70th Miracle of Lourdes »