Ce qu’enseigne VRAIMENT l’Eglise sur l’inerrance Biblique

Introduction et contexte

On entend souvent aujourd’hui des catholiques affirmer que la Sainte Écriture contiendrait des erreurs, ou encore qu’elle ne serait infaillible que dans les domaines de la foi et de la morale, tandis qu’elle pourrait se tromper librement en matière historique ou factuelle. Or ces affirmations sont en contradiction avec l’enseignement bimillénaire de l’Église et témoignent d’une incompréhension ou d’une méconnaissance de la doctrine de l’inerrance biblique.

Cet article propose donc d’exposer ce qu’enseigne le magistère de l’Église au sujet de l’inerrance de l’Écriture sainte. Nous ne chercherons pas ici à répondre aux objections qui peuvent être émises contre cette doctrine (cela fera l’objet de prochains articles). Le but est simplement, dans un premier temps, d’exposer clairement l’enseignement de l’Église au sujet de l’inerrance.

Nous verrons en particulier que l’Eglise enseigne:

  1. Que Dieu est l’auteur des Saintes Ecritures (en collaboration avec l’auteur humain)
  2. Que la Parole de Dieu ne peut pas contenir des erreurs (inerrance intégrale)
  3. Que la théorie de l’inerrance partielle des Ecritures (restreinte à la foi ou les mœurs) est condamnée

I-Dieu est l’auteur des saintes Ecritures (en collaboration avec l’auteur humain)1

IIè Concile de Lyon

 « Nous croyons aussi à la vraie résurrection de cette chair qui est maintenant nôtre, et à la vie éternelle. Nous croyons aussi qu’il y a un seul auteur du Nouveau et de l’Ancien Testament, de la Loi, des prophètes et des apôtres, le Dieu et Seigneur tout-puissant. » (4e session, 6 juillet 1274, Denzinger 854)

Concile de Florence

« [La très sainte Église romaine]professe qu’un seul et même Dieu est l’auteur de l’Ancien et du Nouveau Testament, c’est-à-dire de la Loi et des prophètes, et des évangiles, car c’est par l’inspiration du même Esprit Saint qu’ont parlé les saints de l’un et l’autre Testament, dont l’Église reconnaît et vénère les livres qui sont contenus sous les titres suivants. » (Denzinger 1334, Bulle Cantate Domino, 4 février 1442, Décret pour les jacobites)

Concile de Trente

« Le saint concile œcuménique et général de Trente, légitimement réuni dans l’Esprit Saint, … garde toujours devant les yeux le propos, en supprimant les erreurs, de conserver dans l’Eglise la pureté même de l’Evangile […]C’est pourquoi, suivant l’exemple des pères orthodoxes, le même saint concile reçoit et vénère avec le même sentiment de piété et le même respect tous les livres tant de l’Ancien Testament que du Nouveau Testament, puisque Dieu est l’auteur unique de l’un et de l’autre, ainsi que les traditions elles-mêmes concernant aussi bien la foi que les mœurs, comme ou bien venant de la bouche du Christ ou dictées par l’Esprit Saint et conservées dans l’Eglise catholique par une succession continue. » (Denzinger, 1501; Décret sur les livres sacrés, 8 avril 1546)

II- La Parole de Dieu ne peut pas contenir des erreurs (inerrance intégrale)

Concile Vatican I

Lors du premier Concile du Vatican, les Pères conciliaires ont publié la constitution dogmatique Dei filius rappelant que La Bible ayant Dieu pour auteur, était inspirée dans toutes ses parties et qu’en conséquence elle ne contenait aucune erreur :

« Or, cette révélation surnaturelle, selon la foi de l’Église universelle qui a été déclarée par le saint Concile de Trente, est contenue dans les livres écrits et dans les traditions non écrites qui, reçues de la bouche de Jésus-Christ même par les Apôtres, ou transmises comme par les mains des Apôtres, sous l’inspiration du Saint-Esprit, sont venues jusqu’à nous (Conc. de Trent. Sess. IV, Décr. de Can. Script.Et ces livres de l’Ancien et du Nouveau Testament doivent être reconnus pour saints et canoniques en entier, dans toutes leurs parties, tels qu’ils sont énumérés dans le décret du Concile de Trente et comme on les lit dans l’antique édition latine de la Vulgate. Ces livres, l’Église les tient pour saints et canoniques, non point parce que, composés par la seule habileté humaine, ils ont été ensuite approuvés par l’autorité de l’Église ; et non pas seulement parce qu’ils contiennent la révélation sans erreur, mais parce que, écrits sous l’inspiration de l’Esprit saint, ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été livrés comme tels à l’Église elle-même. » (Constitution dogmatique Dei Filius du 24 avril 1870 sur la foi catholique Chapitre II. – De la Révélation)

Le Concile rappelle en conséquence qu’il faut croire de foi divine tout ce qu’enseigne l’Ecriture sainte : « Or, on doit croire d’une foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans les saintes Écritures et dans la tradition, et tout ce qui est proposé par l’Église comme vérité divinement révélée, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel. » (Chapitre III. – De la Foi)

III- Condamnation de l’inerrance partielle (limitée à la foi les mœurs)

Ces enseignements dogmatiques sur l’absence d’erreur dans les textes sacrés ont commencé à être contestés par les modernistes à la fin du XIXᵉ siècle. Certains exégètes catholiques ont alors commencé à défendre une vision limité de l’inerrance en la restreignant uniquement aux questions liées au salut (la foi et les mœurs) tout en affirmant que la Bible pouvait se tromper en matière historique. Les papes ont alors jugé nécessaire de réagir solennellement à ces théories modernistes.

Léon XIII

Dans son Encyclique Providentissimus Deus, 18 novembre 1893 – sur l’étude des textes bibliques Léon XIII condamna explicitement l’idée d’une inerrance partielle, limitée à la foi et à la morale, de l’Ecriture Sainte.

« […] On doit s’affliger, en effet, de ce que beaucoup d’hommes qui étudient à fond les monuments de l’antiquité, les mœurs et les institutions des peuples, et se livrent à ce sujet à de grands travaux, ont trop souvent pour but de trouver des erreurs dans les Livres Saints, afin d’infirmer et d’ébranler complètement l’autorité des Écritures. Quelques-uns agissent ainsi avec des dispositions vraiment trop hostiles, et jugent d’une façon qui n’est pas assez impartiale. Ils ont tant de confiance dans les livres profanes et dans les documents du passé, qu’ils les invoquent comme s’il ne pouvait exister à ce sujet aucun soupçon d’erreur, tandis qu’ils refusent toute créance aux Livres sacrés, à la moindre, à la plus vaine apparence d’inexactitude, et ce même sans aucune discussion. À la vérité, il peut se faire que certains passages, dans l’impression des diverses éditions, ne se trouvent pas reproduits d’une façon absolument juste. C’est ce qui doit être étudié avec soin, ce qui ne doit pas être admis facilement, excepté sur les points pour lesquels le fait a été convenablement prouvé. Il peut arriver aussi que le sens de quelques phrases demeure douteux ; pour le déterminer, les règles de l’interprétation seront d’un grand secours ; mais il serait absolument funeste soit de limiter l’inspiration à quelques parties des Écritures, soit d’accorder que l’auteur sacré lui-même s’est trompé. Il ne peut y avoir d’erreur dans la Sainte Ecriture, puisqu’elle est inspirée par Dieu. On ne peut non plus tolérer la méthode de ceux qui se délivrent de ces difficultés en n’hésitant pas à accorder que l’inspiration divine ne s’étend qu’aux vérités concernant la foi et les mœurs, et à rien de plus. Ils pensent à tort que, lorsqu’il s’agit de la vérité des avis, il ne faut pas rechercher surtout ce qu’a dit Dieu, mais examiner plutôt le motif pour lequel il a parlé ainsi. En effet, tous les livres entiers que l’Église a reçus comme sacrés et canoniques dans toutes leurs parties, ont été écrits sous la dictée de l’Esprit-Saint. Tant s’en faut qu’aucune erreur puisse s’attacher à l’inspiration divine, que non seulement celle-ci par elle-même exclut toute erreur, mais encore l’exclut et y répugne aussi nécessairement que nécessairement Dieu, souveraine vérité, ne peut être l’auteur d’aucune erreur.Telle est la croyance antique et constante de l’Église, définie solennellement par les Conciles de Florence et de Trente, confirmée enfin et plus expressément exposée dans le Concile du Vatican, qui a porté ce décret absolu : « Les livres entiers de l’Ancien et du Nouveau Testament, dans toutes leurs parties, tels qu’ils sont énumérés par le décret du même Concile de Trente, et tels qu’ils sont contenus dans l’ancienne édition vulgate en latin, doivent être regardés comme sacrés et canoniques. L’Église les tient pour sacrés et canoniques non parce que, rédigés par la seule science humaine, ils ont été ensuite approuvés par l’autorité de ladite Église ; non seulement parce qu’ils renferment la vérité sans erreur, mais parce que, écrits sous l’inspiration du Saint-Esprit, ils ont Dieu pour auteur (Sess. III, cap. II, De Revel). »

Et Léon XIII poursuit : « On ne doit donc presque en rien se préoccuper de ce que l’Esprit-Saint ait pris des hommes comme des instruments pour écrire, comme si quelque opinion fausse pouvait être émise non pas certes par le premier Auteur, mais par les écrivains inspirés. En effet, lui-même les a, par sa vertu, excités à écrire, lui-même les a assistés tandis qu’ils écrivaient, de telle sorte qu’ils concevaient exactement, qu’ils voulaient rapporter fidèlement et qu’ils exprimaient avec une vérité infaillible tout ce qu’il leur ordonnait et seulement ce qu’il leur ordonnait d’écrire. Tel a été toujours le sentiment des saints Pères. […] Il suit de là que ceux qui pensent que, dans les passages authentiques des Livres Saints, peut être renfermée quelque idée fausse, ceux-là assurément ou pervertissent la doctrine catholique, ou font de Dieu lui-même l’auteur d’une erreurTous les Pères et tous les docteurs ont été si fermement persuadés que les Lettres divines, telles qu’elles nous ont été livrées par les écrivains sacrés, sont exemptes de toute erreur, qu’ils se sont appliqués, avec beaucoup d’ingéniosité et religieusement, à faire concorder entre eux et à concilier les nombreux passages qui semblaient présenter quelque contradiction ou quelque divergence. (Et ce sont presque les mêmes qu’au nom de la science nouvelle, on nous oppose aujourd’hui.) »

Léon XIII précise également : « les docteurs ont été unanimes à croire que ces Livres, et dans leur ensemble et dans leurs parties, sont également d’inspiration divine, que Dieu lui-même a parlé par les auteurs sacrés, et qu’il n’a rien pu énoncer d’opposé à la vérité. On doit appliquer ici d’une façon générale les paroles que le même saint Augustin écrivait à saint Jérôme : « Je l’avoue, en effet, à ta charité, j’ai appris à accorder aux seuls livres des Écritures, que l’on appelle maintenant canoniques, cette révérence et cet honneur de croire très fermement qu’aucun de leurs auteurs n’a pu commettre une erreur en les écrivant. Et si je trouvais dans ces Saintes Lettres quelque passage qui me parût contraire à la vérité, je n’hésiterais pas à affirmer ou que le manuscrit est défectueux ou que l’interprète n’a pas suivi exactement le texte, ou que je ne comprends pas bien (Ep. LXXXII, 1, et alibi). » .(Encyclique Providentissimus Deus, 18 novembre 1893 – Sur l’étude des textes bibliques)

Saint Pie X

Dans cette même veine, le Pape saint Pie X réitère l’inerrance absolue des Ecritures et condamne les thèses modernistes dans sondécret Lamentabili du Saint-Office, le 3 juillet 1907. S’y trouve condamné la proposition suivante : «L’inspiration divine ne s’étend pas à toute l’Écriture de manière à prémunir contre toute erreur toutes et chacune de ses parties. » (n°11, condamnée)

La même année, le même Pape soumis à de graves censures, dont l’excommunication automatique, ceux qui contreviendraient à ce Décret : « Nous réitérons et confirmons, de Notre Autorité apostolique, tant le Décret le cette sainte Congrégation suprême que Notre Encyclique, et nous ajoutons la peine d’excommunication contre les contradicteurs. Nous déclarons et décrétons que si quelqu’un – ce qu’à Dieu ne plaise – avait assez de témérité pour défendre n’importe laquelle des Propositions, des opinions et des doctrines réprouvées dans l’un ou l’autre des documents mentionnés plus haut, il encourrait ipso facto la censure portée par le chapitre Docentes, de la Constitution Apostolicæ Sedis, laquelle censure est la première des excommunications latæ sententiæ [automatique] simplement réservées au Pontife romain.» (Motu proprio Praestantia scripturae sacrae, 18 avril 1907 – Sur le modernisme et l’étude la Bible)

Ainsi, d’après saint Pie X, ceux qui affirment que l’Ecriture peut enseigner l’erreur, sont excommuniés ipso facto. Parlant encore des modernistes, saint Pie X déclare dans l’encyclique Pascendi :

« Tout en s’efforçant, par de telles argumentations, d’ouvrir accès dans les âmes à la religion catholique, les nouveaux apologistes concèdent d’ailleurs bien volontiers qu’il s’y rencontre nombre de choses dont on pourrait s’offenser. Ils vont même, et non sans une sorte de plaisir mal dissimulé, jusqu’à proclamer hautement que le dogme – ils l’ont constaté – n’est pas exempt d’erreurs et de contradictions. Ils ajoutent aussitôt, il est vrai, que tout cela est non seulement excusable, mais encore – étrange chose, en vérité! – juste et légitime. Dans les Livres Sacrés, il y a maints endroits touchant à la science ou à l’histoire, où se constatent des erreurs manifestes. Mais ce n’est pas d’histoire ni de science que ces livres traitent; c’est uniquement de religion et de morale. L’histoire et la science n’y sont que des sortes d’involucres, où les expériences religieuses et morales s’enveloppent, pour pénétrer plus facilement dans les masses. Si, en effet, les masses n’entendaient pas autrement les choses, il est clair qu’une science et une histoire plus parfaites eussent été d’obstacle plutôt que de secours. Au surplus, les Livres Saints, étant essentiellement religieux, sont par là même nécessairement vivants. Or, la vie a sa vérité et sa logique propres, bien différentes de la vérité et de la logique rationnelles, d’un autre ordre, savoir, vérité d’adaptation et de proportion soit avec le milieu où se déroule la vie, soit avec la fin où elle tend. Enfin, ils poussent si loin les choses que, perdant toute mesure, ils en viennent à déclarer ce qui s’explique par la vie vrai et légitime. Nous, Vénérables Frères, pour qui il n’existe qu’une seule et unique vérité, et qui tenons que les Saints Livres, écrits sous l’inspiration du Saint-Esprit, ont Dieu pour auteur» (Encyclique Pascendi, 8 septembre 1907 – Sur les erreurs du modernisme, n°49)

Saint Pie X est très sévère dans sa condamnation. En effet, en plus de l’assortir de l’excommunication automatique, il la qualifie de thèse qui nie l’inerrance de « moderniste ». Or le même saint Pie X enseigne que le modernisme est « le pire ennemis de l’Eglise » et « l’égout collecteur de toutes les hérésies »

Benoît XV

Dans sa célèbre Encyclique Spiritus paraclitus, sur le thème de l’inerrance biblique, le Pape Benoit XV enseigna :

« Qu’on parcoure à cet égard les écrits du grand Docteur [saint Jérôme] : pas une seule page qui n’en témoigne à l’évidence, il a fermement et invariablement affirmé, avec l’Eglise catholique tout entière, que les Saints Livres ont été écrits sous l’inspiration du Saint-Esprit, qu’ils ont Dieu pour auteur et que c’est comme tels que l’Eglise les a reçus (Conc. Vat. s. III, Const. « de Fide cath. », cap. 2). Les Livres de la Sainte Ecriture, affirme-t-il, ont été composés sous l’inspiration, ou la suggestion, ou l’insinuation, ou même la dictée de l’Esprit-Saint ; bien plus, c’est cet Esprit lui-même qui les a rédigés et publiés. Mais Jérôme ne doute nullement, par ailleurs, que tous les auteurs de ces Livres n’aient, chacun conformément à son caractère et à son génie, prêté librement son concours à l’inspiration divine. […]Au reste, le saint Docteur ajoute […] [que] dans cette « parole de vérité » on ne saurait découvrir de choses ou d’affirmations contradictoires, « aucune discordance, aucune incompatibilité » (Ep. 18 ; 7, 4; cf. Ep. 46, 6, 2) ; par conséquent, « si l’Ecriture contenait deux données qui paraîtraient s’exclure, l’une et l’autre » resteraient « vraies », « en dépit de leur diversité » (Ep. 36, 11, 2). ,

Fortement attaché à ce principe, s’il lui arrivait de rencontrer dans les Saints Livres des contradictions apparentes, Jérôme concentrait tous ses soins et les efforts de son esprit à résoudre la difficulté ; jugeait-il la solution encore peu satisfaisante, il reprenait, quand l’occasion s’en présentait, et sans se décourager, l’examen de cette- difficulté, sans arriver toujours à la résoudre parfaitement. Jamais, du moins, il n’imputa aux écrivains sacrés la moindre imposture — « Je laisse cela aux impies, tels Celse, Porphyre, Julien. » (Ep. 57, 9, 1). Il était en cela pleinement d’accord avec saint Augustin ; celui-ci, lisons-nous dans une de ses lettres à saint Jérôme lui-même, portait aux seuls Livres Saints une si respectueuse vénération qu’il croyait très fermement que pas une erreur ne s’est glissée sous la plume d’aucun de leurs auteurs ; aussi, s’il rencontrait dans les Saintes Lettres un passage qui parût’ contraire à la vérité, loin de crier au mensonge, il en accusait une altération du manuscrit, une erreur de traduction, ou de sa part une totale inintelligence. A quoi il ajoutait : « Et je sais, mon frère, que tu ne juges point différemment ; je ne m’imagine pas, veux-je dire, le moins du monde que tu désires voir tes ouvrages lus dans les mêmes dispositions d’esprit que ceux des Prophètes et des Apôtres : douter que ceux-ci soient exempts de toute erreur serait un crime.» (S. Aug. ad S, Hieron., inter epist. S. Hier. 116, 3).

Cette doctrine de saint Jérôme confirme donc avec éclat en même temps qu’elle explique la déclaration où Notre Prédécesseur Léon XIII, d’heureuse mémoire, formulait solennellement la croyance antique et constante de l’Eglise en l’immunité parfaite qui met l’Ecriture à l’abri de toute erreur : « Il est si impossible que l’inspiration divine soit exposée à un danger d’erreur, que non seulement la moindre erreur en est exclue essentiellement, mais que cette exclusion et cette impossibilité sont aussi nécessaires qu’il est nécessaire que Dieu, souveraine vérité, ne soit l’auteur d’aucune erreur, fût-ce la plus légère. » Après avoir reproduit les définitions des Conciles de Florence et de Trente, confirmées par’ celui du Vatican, Léon XIII ajoute : « La question ne change en rien du fait que l’Esprit-Saint s’est servi des hommes comme d’instruments pour écrire, comme si quelque erreur avait pu échapper, non pas, il est vrai, à l’auteur principal, mais aux rédacteurs inspirés. En effet, Lui-même les a, par son action surnaturelle, à ce point excités et poussés à écrire, à ce point assistés pendant la rédaction, qu’ils concevaient avec justesse, voulaient rapporter fidèlement et exprimaient parfaitement et avec une exactitude infaillible tout ce qu’il leur ordonnait d’écrire, et cela seulement : s’il en avait été autrement, Il ne serait pas Lui-même l’auteur de la Sainte Ecriture tout entière. » (Litt. Enc. Providentissimus Deus) […]

Il est encore un autre groupe de déformateurs de l’Ecriture Sainte : nous voulons dire ceux qui, par abus de certains principes, justes du reste tant qu’on les renferme dans certaines limites, en arrivent à ruiner les fondements de la véracité des Ecritures et à saper la doctrine catholique transmise par l’ensemble des Pères. S’il vivait encore, saint Jérôme dirigerait à coup sûr des traits acérés contre ces imprudents qui, au mépris du sentiment et du jugement de l’Eglise, recourent trop aisément au système qu’ils appellent système des citations implicites ou des récits qui ne seraient historiques qu’en apparence, prétendent découvrir dans les Livres Saints tels procédés littéraires inconciliables avec l’absolue et parfaite véracité de la parole divine »  (Benoit XV, Spiritu Paraclitus, 15 Septembre 1920)

Pie XII

Pie XII aborde cette question de l’inerrance en détail dans l’encyclique Divino Afflante Spiritu, 30 septembre 1943 – Sur l’écriture sainte et les études bibliques. Il y enseigne que « notre temps, le Concile du Vatican, voulant réprouver de fausses doctrines sur l’inspiration, a déclaré que l’Eglise tient les Livres Saints pour sacrés et canoniques, « non parce que, œuvre de la seule industrie humaine, ils auraient été approuvés ensuite par son autorité, ni pour cette seule raison qu’ils contiendraient la vérité sans erreur, mais parce que, écrits sous l’inspiration du Saint-Esprit, ils ont Dieu pour auteur et ont été transmis comme tels à l’Eglise » (Sessio III cap. II, Ench. Bibl. n. 62). Plus récemment cependant, en dépit de cette solennelle définition de la doctrine catholique, qui revendique pour ces « livres entiers, avec toutes leurs parties », une autorité divine les préservant de toute erreur, quelques écrivains catholiques n’ont pas craint de restreindre la vérité de l’Ecriture Sainte aux seules matières de la foi et des mœurs, regardant le reste, au domaine de la physique ou de l’histoire, comme « choses dites en passant » et n’ayant – ainsi qu’ils le prétendirent – aucune connexion avec la foi. Mais Notre Prédécesseur Léon XIII, d’immortelle mémoire, dans son Encyclique Providentissimus Deus du 18 novembre 1893, a confondu à bon droit ces erreurs et réglé l’étude des Livres Divins par des instructions et des directives très sages. […]

Le premier et principal soin de Léon XIII fut d’exposer la doctrine de la vérité des Livres Saints et de la venger des attaques lancées contre elle. Il proclama donc avec insistance qu’il n’y a absolument aucune erreur quand l’hagiographe, traitant des choses de la nature, « a suivi ce qui apparaît aux sens », comme dit le Docteur angélique (cf. Ia, q. LXX, art. 1 ad 3), parlant « ou par une sorte de métaphore, ou comme le comportait le langage usité à cette époque ; il en est encore ainsi aujourd’hui, sur beaucoup de points, dans la vie quotidienne, même parmi les hommes les plus savants ». En effet, « les écrivains sacrés ou, plus véritablement – ce sont les paroles mêmes de saint Augustin (De Gen. ad litt. II, IX, 20 ; P. L., XXXIV, col. 270 s. ; C. S. E. L. XXVIII [Sectio III, pars II], p. 46), – l’Esprit de Dieu, qui parlait par leur bouche, n’a pas voulu enseigner aux hommes ces vérités concernant la constitution intime des objets visibles, parce qu’elles ne devaient leur servir de rien pour leur salut » (LEONIS XIII Acta, XIII, p. 355 ; Ench. Bibl. n. 106) ; principe qu’il « sera permis d’appliquer aux sciences du même genre et notamment à l’histoire », en réfutant « de la même manière les objections fallacieuses des adversaires » et en défendant « la vérité historique de l’Ecriture Sainte contre leurs attaques » (cf. BENOÎT XVEncyclique Spiritus ParaclitusActa Ap. Sedis, XII [1920], p. 396 ; Ench. Bibl. n. 471).

Il ne faut pas, en outre, imputer une erreur à l’auteur sacré « là où des copistes, en exécutant leur travail, ont laissé échapper quelque inexactitude », ou « lorsque le sens véritable de quelque passage demeure douteux ». Enfin, il serait absolument funeste « soit de limiter l’inspiration à quelques parties seulement de la Sainte Ecriture, soit d’accorder que l’écrivain sacré lui-même s’est trompé », puisque l’inspiration divine « non seulement par elle-même exclut toute erreur, mais encore l’exclut et y répugne aussi nécessairement que nécessairement Dieu, souveraine vérité, ne peut être l’auteur d’aucune erreur. Telle est la foi antique et constante de l’Eglise » (LEONIS XIII Acta, XIII, p. 357 sq. ; Ench. Bibl. n. 109 sq.). […] Néanmoins, personne, qui ait un juste concept de l’inspiration biblique, ne s’étonnera de trouver chez les écrivains sacrés, comme chez tous les anciens, certaines façons d’exposer et de raconter, certains idiotismes propres aux langues sémitiques, des approximations, certaines manières hyperboliques de parler, voire même parfois des paradoxes destinés à imprimer plus fermement les choses dans l’esprit. En effet, des façons de parler dont le langage humain avait coutume d’user pour exprimer la pensée chez les peuples anciens, en particulier chez les Orientaux, aucune n’est étrangère aux Livres Saints, pourvu toutefois que le genre employé ne répugne en rien à la sainteté ni à la vérité de Dieu ; c’est ce que déjà le Docteur angélique a remarqué dans sa sagacité, lorsqu’il dit : « Dans l’Ecriture, les choses divines nous sont transmises selon le mode dont les hommes ont coutume d’user. » (Comment. ad Hebr. cap. I, lectio 4.) » (Encyclique Divino Afflante Spiritu, 30 septembre 1943 – Sur l’écriture sainte et les études bibliques, n° 1 à 6 et 37)

Dans son Encyclique Humani generis du 12 août 1950 – Sur les opinions fausses qui menacent de ruiner les fondements de la doctrine catholique, le Pape Pie XII réitère la condamnation de l’inerrance partielle :

« Mais pour en revenir aux systèmes nouveaux auxquels nous avons touché plus haut, il y a certains points que quelques-uns proposent ou qu’ils distillent, pour ainsi dire, dans les esprits, qui tournent au détriment de l’autorité divine de la Sainte Ecriture. Ainsi on a audacieusement perverti le sens de la définition du Concile du Vatican sur Dieu, auteur de la Sainte Ecriture; et la théorie qui n’admet l’inerrance des lettres sacrées que là où elles enseignent Dieu, la morale et la religion, on la professe en la renouvelant, bien qu’elle ait été plusieurs fois condamnée. Bien plus, de la façon la plus incorrecte, on nous parle d’un sens humain des Livres Saints, sous lequel se cacherait le sens divin, le seul, nous dit-on, qui serait infaillible. […] En outre, le sens littéral de la Sainte Ecriture et son explication faite laborieusement, sous le contrôle de l’Eglise, par tant d’exégètes de si grande valeur doivent céder, d’après les inventions qui plaisent aux novateurs, à une exégèse nouvelle, dite symbolique et spirituelle; et ainsi seulement, les Livres Saints de l’Ancien Testament, qui seraient aujourd’hui encore ignorés dans l’Eglise, comme une source qu’on aurait enclose, seraient enfin ouverts à tous. Ils assurent que toutes les difficultés, par ce moyen, s’évanouiront, qui ne paralysent que ceux-là qui se tiennent attachés au sens littéral de la Bible. Il n’est personne qui ne puisse voir à quel point tant de prétentions s’écartent des principes et des règles d’herméneutique si justement fixés par Nos Prédécesseurs. »

Vatican II

Le Concile Vatican II confirme lui aussi la doctrine de l’inerrance de l’Ecriture sainte : « Les réalités divinement révélées, que contiennent et présentent les livres de la Sainte Écriture, y ont été consignées sous l’inspiration de l’Esprit Saint. Notre sainte Mère l’Église, de par la foi apostolique, tient pour sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint (cf. Jn 20, 31 ; 2 Tm 3, 16 ; 2 P 1, 19-21 ; 3, 15-16), ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même. Pour composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il a eu recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement. Dès lors, puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l’Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut. C’est pourquoi « toute Écriture inspirée de Dieu est utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice, afin que l’homme de Dieu se trouve accompli, équipé pour toute œuvre bonne » (2 Tm 3, 16-17 grec). » (Dei Verbum n°11)

Certains ont soutenu que l’expression finale « pour notre salut » impliquerait que Dei Verbum défendrait une inerrance limitée, restreinte aux seules vérités relatives au salut. En réalité, Dei Verbum 11 ne contredit pas la doctrine antérieure mais réaffirme bien l’inerrance de l’Écriture en en précisant la finalité : la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans la Sainte Écriture est ordonnée à notre salut. Ainsi, Dei Verbum entendait simplement mettre en lumière le but salvifique de l’Écriture. Tout ce qui est contenu dans les livres sacrés correspond à ce que Dieu a voulu voir écrit pour notre salut.

La thèse d’une inerrance partielle est d’ailleurs ouvertement contredite par l’affirmation qui précède : « toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l’Esprit Saint ». Or il va de soi que l’Esprit Saint, étant Dieu, ne peut pas émettre une assertion fausse.

Autre preuve que le texte ne contredit pas la doctrine antérieure: la note de bas de page 21 présente dans le texte de Dei Verbum après l’expression « pour notre salut » renvoie justement aux textes précédents des Papes Léon XIII et Pie XII dans les sections où ils enseignent l’inerrance absolue et condamnent l’inerrance limitée.2 Il serait tout à fait absurde de soutenir que les Pères conciliaires contredirait une doctrine condamnée dans les documents qu’ils citent en note de bas de page !

D’ailleurs la Commission théologique du Concile a confirmé que l’expression « pour notre salut » ne restreignait pas l’inerrance à la foi et les mœurs : « Par le mot salutaris, on ne veut nullement suggérer que l’Ecriture n’est pas intégralement inspirée, qu’elle n’est pas intégralement parole de DieuCette expression n’apporte aucune limitation matérielle à la vérité de l’Ecriture, mais elle indique sa spécification formelle, dont on doit tenir compte pour dire en quel sens est vrai non seulement ce qui concerne la foi et les mœurs ainsi que les faits liés à l’histoire du salut, mais aussi tout ce qui est affirmé dans l’Ecriture » (Commentaire de la Commission théologique du Concile, 1965)3

La Commission biblique pontificale, a aussi confirmé cette interprétation authentique du Concile dans son document inspiration et vérité de l’Écriture sainte  publié en 20144

Saint Jean Paul II et la profession de 1989

Malgré la clarté de l’enseignement conciliaire au sujet de l’inerrance, nombre de théologiens modernistes continuaient à défendre la thèse de l’inerrance partielle. En réponse, l’Eglise publia en 1989, une profession de foi officielle qui confirmant l’inerrance absolue des écritures.

Cette dernière affirme dans son premier alinéa : « Avec une foi ferme, je crois aussi toutes les vérités qui sont contenues dans la Parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition et proposées par l’Église pour être crues comme divinement révélées, soit en vertu d’une décision solennelle, soit par le Magistère ordinaire et universel. »

Et en commentaire de la profession de foi qui l’accompagne le Cardinal Ratzinger précise avec l’approbation du Pape Jean Paul II que les vérités qui correspondent à ce premier alinéa sont (entre autres) « les articles de foi du Credo; les divers dogmes christologiques et mariaux; la doctrine de l’institution des sacrements par le Christ et leur efficacité à conférer la grâce; la doctrine de la présence réelle et substantielle du Christ dans l’Eucharistie et la nature sacrificielle de la célébration eucharistique; la fondation de l’Église par la volonté du Christ; la doctrine sur le primat et sur l’infaillibilité du Pontife romain; la doctrine sur l’existence du péché originel; la doctrine sur l’immortalité de l’âme spirituelle et sur la rétribution immédiate après la mort; l’absence d’erreur dans les textes sacrés inspirés; la doctrine sur la grave immoralité du meurtre direct et volontaire d’un être humain innocent. »

Ainsi d’après Jean Paul II, la doctrine de l’absence d’erreur dans les textes sacrés inspirés doit recevoir le même niveau adhésion (foi théologale) que les articles du Crédo! Et Dei Verbum, n. 11 est bien cité en note de bas de page montrant que le saint Père rejette l’interprétation moderniste du Concile d’une inerrance limitée.

Conclusion

Ainsi, comme nous l’avons vu, le magistère de l’Eglise ainsi que le consensus des Pères de l’Église, des Docteurs et des théologiens, ont enseigné l’inerrance plénière de l’Écriture, pendant près de deux millénaires. Cela signifie que la Bible dit toujours la vérité, entendue au sens théologique propre au texte, tel qu’il ressort notamment de l’étude des genres littéraires et que toutes les assertions de l’auteur sacrés doivent être tenues pour vraies car elles sont des assertions de l’Esprit saint (Dei Verbum 11).

Il est regrettable de constater que, de nos jours, de nombreux universitaires se réclamant du catholicisme en viennent à rejeter ce dogme et sombrent par conséquent dans l’hérésie (au moins matérielle). En effet selon le code de droit canonique : « On appelle hérésie la négation obstinée, après la réception du baptême, d’une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique » (Canon 751) et nous avons vu dans la profession de foi publiée sous Jean Paul II que l’inerrance des Ecriture est une vérité qui doit être cru « de foi divine et catholique ».

L’inerrance n’est pas fondamentalisme

Précisons enfin qu’il importe de distinguer l’inerrance et le fondamentalisme. Le fondamentalisme consiste à prendre toute l’Écriture au pied de la lettre (autrement dit, à tout prendre au sens littéral, sans souci de contextualisation ni d’analyse du genre littéraire). L’inerrance, bien comprise telle qu’enseignée par l’Église, affirme simplement que l’Écriture ne contient aucune erreur dans le sens théologique qui correspond au texte sacré, selon le genre littéraire.5 Par exemple, lorsque la Bible rapporte que le monde a été créé en six jours, une analyse du genre littéraire du récit en question montre qu’il n’a aucunement vocation à être une description littérale, scientifiquement précise, d’une création en six jours de 24 heures.6 Ainsi, la Bible n’enseigne pas une erreur, puisque la vocation de ce texte n’est pas de décrire scientifiquement ce qui s’est passé, mais d’exprimer la réalité fondamentale qui est en jeu dans la création : la venue de l’homme, préparée au cours du temps, en tant qu’il est le sommet de la création. C’est cette vérité que nous enseigne le texte.

Il en est de même pour un grand nombre de passages dans la Bible qui n’ont pas vocation à donner un enseignement historique précis, mais plutôt un enseignement spirituel sur l’homme. La congrégation pour la doctrine de la foi précise: «La tâche de l’interprète consiste alors à éviter une lecture fondamentaliste de l’Écriture, et à situer les différentes affirmations du texte sacré dans leur contexte historique, en fonction des genres littéraires alors en usage. En effet, c’est en accueillant cette forme historique de la révélation divine que nous sommes conduits au mystère du Christ, manifestation plénière et définitive de la vérité de Dieu dans l’histoire des hommes. » (Inspiration et Vérité de l’Écriture Sainte (2014))7


  1. Dire que « Dieu est l’auteur de la Bible » ne signifie pas que l’inspiration est une dictée mécanique. L’inspiration suppose en effet le plein emploi de toutes les facultés humaines de l’auteur sacré (styles, vocabulaire, tempérament). L’expression « Dieu est l’auteur de l’Ecriture » signifie que plutôt que Dieu est la cause principale de l’écrit, l’auteur humain étant la cause instrumentale (mais comme un instrument raisonnable et libre). La collaboration entre l’auteur divin et l’auteur humain s’exerce librement sous la motion divine qui donne l’inspiration. ↩︎
  2. La note 21 est la suivante : « Cf. Saint Augustin, Gen. ad litt. 2, 9, 20 : PL 34 270 ; Épître 82, 3 : PL 33, 277 ; csel 34, 2, p. 354. – Saint Thomas, De Ver., q. 12, a. 2 c. – Conc. de Trente, sess. 4, De canonicis Scripturis : Denz. 783 (1501). – Léon XIII, Encycl. Provident. : EB 121, 124, 126-127. – Pie XII, Encycl. Divino afflante : EB 539. » ↩︎
  3. Texte cité par l’Abbé Bernard Lucien, Révélation et Tradition, Les lieux médiateurs de la Révélation divine publique, du dépôt de la foi au magistère Vivant de l’Eglise, Nuntiavit 2009, p.177 ↩︎
  4. « Dans les Saintes Écritures, la vérité de la Parole de Dieu est étroitement liée à leur inspiration : Dieu qui parle ne peut se tromper. Mais malgré cette déclaration de principe, plusieurs expressions des textes bibliques font difficulté. Les Pères de l’Église en étaient déjà conscients, et aujourd’hui encore, des problèmes persistent, comme l’ont montré les discussions intervenues au cours du Concile Vatican II. Les éléments qui suivent ont pour but de présenter le sens de la notion de « vérité », tel que le Concile l’a compris. Les théologiens ont appliqué à la Sainte Écriture le concept d’ « inerrance ». S’il est pris dans son sens absolu, ce terme indique qu’il ne peut y avoir dans la Bible aucune erreur d’aucune sorte. Mais avec les découvertes qui ont été progressivement effectuées dans le champ de l’histoire, de la philologie et des sciences naturelles, et du fait de l’application à la recherche biblique de la méthode historico-critique, les exégètes ont dû reconnaître que l’ensemble des textes qui composent la Bible ne s’expriment pas de manière conforme aux exigences des sciences contemporaines, car les écrivains bibliques s’expriment en fonction des limites de leurs connaissances personnelles, et au-delà, de celles de leur époque et de leur culture. Le Concile Vatican II a dû faire face à cette problématique, lors de la préparation de la Constitution Dogmatique Dei Verbum. Au n. 11 de Dei Verbum, on retrouve la doctrine traditionnelle : « l’Église, de par la foi apostolique, tient pour sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint (cf. Jn 20, 31 ; 2 Tm 3, 16 ; 2 P 1, 19-21 ; 3, 15-16), ils ont Dieu pour auteur ». […] Cette même Commission Théologique a expliqué que l’incise « pour notre salut » se réfère à « vérité », cela signifie que lorsqu’il est question de « vérité de la sainte Écriture », il s’agit de la vérité qui est ordonnée à notre salut. Mais cela ne doit pas être interprété dans le sens d’une vérité de l’Écriture Sainte qui concernerait seulement les parties du Livre Sacré nécessaires à la foi et à la morale, à l’exclusion des autres (précisément, l’expression veritas salutaris du quatrième schéma ne fut pas retenue pour éviter une telle interprétation). L’expression « la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut » signifie plutôt que les livres de l’Écriture, avec toutes leurs parties, dans la mesure où ils sont inspirés du Saint Esprit et ont Dieu pour auteur, cherchent à communiquer la vérité entant qu’elle est en relation avec notre salut, qui est, en réalité, le but dans lequel Dieu se révèle. » https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/pcb_documents/rc_con_cfaith_doc_20140222_ispirazione-verita-sacra-scrittura_fr.pdf ↩︎
  5. L’usage des différents genre littéraires de l’Ecriture sont enseignés par l’Eglise à la fois chez Benoit XV dans Spiritus Paraclitus (1920), par Pie XII dans Divino Afflante (1943) et par le Concile Vatican II dans Dei verbum 12 qui précise  « Cependant, puisque Dieu, dans la Sainte Écriture, a parlé par des hommes à la manière des hommes, il faut que l’interprète de la Sainte Écriture, pour voir clairement ce que Dieu lui-même a voulu nous communiquer, cherche avec attention ce que les hagiographes ont vraiment voulu dire et ce qu’il a plu à Dieu de faire passer par leurs paroles. Pour découvrir l’intention des hagiographes, on doit, entre autres choses, considérer aussi les « genres littéraires ». Car c’est de façon bien différente que la vérité se propose et s’exprime en des textes diversement historiques, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d’autres genres d’expression. Il faut, en conséquence, que l’interprète cherche le sens que l’hagiographe, en des circonstances déterminées, dans les conditions de son temps et de sa culture, employant les genres littéraires alors en usage, entendait exprimer et a, de fait, exprimé» (Dei Verbum 12) ↩︎
  6. Cela avait déjà été remarqué par saint Augustin et Origène dès le IVᵉ siècle. ↩︎
  7. La congrégation mentionne aussi que certains passages de l’Ancien Testament ne doivent pas être interprétés littéralement dans un sens purement historique : « Nous lisons, entre autres dans le Deutéronome, que Dieu ordonne à Israël de renverser les nations cananéennes et de les vouer à l’interdit (cf. Dt 7,1-2 ; 20,16-18). L’ordre est fidèlement exécuté par Josué (cf. Jos 6-12) et également mis en œuvre lors de la première époque monarchique (cf . 1 S 15). Ces textes s’avèrent problématiques, encore davantage que toutes les guerres et les massacres relatés par l’Ancien Testament. On ne peut accepter de se fonder sur eux pour légitimer un programme de politique nationaliste, justifiant la violence à l’égard des autres peuples : ceci fausserait en effet le sens de la page biblique. Il faut pour commencer faire remarquer que ces textes ne se présentent pas comme des récits historiques : dans une guerre véritable, les murs d’une ville ne s’écroulent pas au son de la trompette (cf. Jos 6,20), et on ne voit pas comment pourrait intervenir une répartition vraiment pacifique de la terre par tirage au sort (cf. Jos 14,2). D’autre part, la législation du Deutéronome, qui prescrit l’extermination des Cananéens, prend une forme écrite à une époque où ces populations n’existent plus sur la terre d’Israël. Il apparaît donc nécessaire de redéfinir soigneusement le genre littéraire de ces récits. Comme l’ont déjà suggéré les meilleurs interprètes de la tradition patristique, le récit de l’épopée de la conquête peut être compris comme une sorte de parabole, qui met en scène des personnages de valeur symbolique. La loi portant sur l’ « interdit » exige quant à elle une interprétation non littérale » ↩︎

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