Peut-on être catholique et féministe ?

Voilà une question qui fait aujourd’hui polémique. Dans cet essai, je propose d’y répondre en faisant appel aux données bibliques et aux enseignements officiels de l’Église catholique.

Disons-le tout de suite : tout est une question de définitions de mots. Le féminisme est un mot qui n’a pas de définition universelle, c’est-à-dire une définition qui met tout le monde d’accord.

Si par féministe, on entend : « la défense de la dignité des femmes et de leur égalité intrinsèque devant Dieu par rapport aux hommes » alors, il n’y a aucun problème dans le fait de se revendiquer catholique et féministe simultanément. Il serait même inconcevable d’être catholique sans être féministe !

En effet, le pape Paul VI rappelle cette vérité fondamentale issue de la révélation : « L’homme et la femme sont donc égaux devant Dieu : égaux comme personnes, égaux comme enfants de Dieu, égaux en dignité, égaux aussi dans leurs droits. Cette égalité foncière doit être réalisée à différents niveaux. Avant tout au niveau personnel : la femme a un droit imprescriptible au respect ; en privé comme en public, sa dignité doit être reconnue et sauvegardée ; une action vigoureuse doit être entreprise en ce domaine, car dans la société contemporaine existent de nouvelles formes d’esclavage et de dégradation de la femme ; il est urgent aussi de rendre sur ce point le climat de notre vie publique plus moral, plus sain, plus respectueux de la dignité de la femme. »1

Toutefois beaucoup utilisent le mot « féministe » dans un sens totalement différent de celui-là. Et il faut l’avouer : la quasi-totalité des définitions du féminisme qu’utilisent nos contemporains sont incompatibles avec le catholicisme (nous allons expliquer pourquoi).

Histoire rapide du féminisme

D’abord un petit rappel historique s’impose. Le terme « féminisme » a été utilisé pour la première fois en 1837 par Charles Fourier puis employé et popularisé à partir de 1882 par Hubertine Auclert, militante et suffragiste française. Il existe trois vagues dans le développement de ce mouvement :

La 1re vague : débute au milieu du xixe siècle, et avait pour but essentiellement la revendication du droit de vote, l’émancipation des femmes à l’égard de leur mari ainsi que la volonté de mettre les femmes au travail en dehors du foyer.

La 2e vague débute dans les années 1960 avec la naissance du Mouvement de libération des femmes (MLF). Ce féminisme de deuxième vague revendique le droit à l’avortement et à la contraception et entend « dénaturaliser » les rapports entre les sexes en défendant une sexualité libertine.

La 3e vague, apparue dans les années 1990 accorde quant à elle, une importance particulière à la diversité des femmes notamment aux femmes de couleur, lesbiennes, prostituées, transgenres, etc. Elle milite aussi en faveur du mouvement LGBT et a pour ennemi principal l’homme blanc hétérosexuel. La forme la plus radicale de ce féminisme se retrouve dans le mouvement des Femens.

=> Remarquons tout de suite qu’il est logiquement impossible de se revendiquer catholique et d’adhérer au féminisme des 2e et 3e vagues étant donné que le catholicisme s’oppose fermement à la contraception et à l’avortement ainsi qu’ à l’idéologie LGBTQ+. La seule question vraiment pertinente est donc la suivante : Peut-on être catholique et être favorable à la 1ère vague du féminisme (1880-1955) ?

Pour répondre à cette question, il faut identifier un point commun entre les trois vagues et se demander quelles sont les notions importantes intrinsèquement liées au féminisme ? Je pense que toutes les féministes seront d’accord pour soutenir que le but initial de leur mouvement est fondé sur :

1) Une volonté d’indépendance et d’émancipation vis-à-vis de l’homme ;

2) Le refus du patriarcat (c’est-à-dire, le refus que l’homme soit le chef de famille) ;

3) Le refus de la soumission de la femme envers son mari (égalitarisme dans le couple en matière d’autorité).

Enseignements bibliques sur le rapport homme-femme

Contrairement aux points susmentionnés, le Nouveau Testament enseigne très clairement, que l’homme est le chef de la famille, que la femme ne doit pas chercher son indépendance vis-à-vis de son mari et qu’elle doit lui être soumise :

« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il convient dans le Seigneur. Maris, aimez vos femmes, et ne vous aigrissez pas contre elles. » (Colossiens 3, 18)

« Femmes, soyez de même soumises à vos maris, afin que, si quelques-uns n’obéissent point à la parole, ils soient gagnés sans parole par la conduite de leurs femmes, en voyant votre manière de vivre chaste et réservée.… Ayez, non cette parure extérieure qui consiste dans les cheveux tressés, les ornements d’or, ou les habits qu’on revêt, mais la parure intérieure et cachée dans le cœur, la pureté incorruptible d’un esprit doux et paisible, qui est d’un grand prix devant Dieu. Ainsi se paraient autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu, soumises à leurs maris, comme Sara, qui obéissait à Abraham et l’appelait son seigneur. […] Maris, montrez à votre tour de la sagesse dans vos rapports avec vos femmes, comme avec un sexe plus faible ; honorez-les, comme devant aussi hériter avec vous de la grâce de la vie. Qu’il en soit ainsi, afin que rien ne vienne faire obstacle à vos prières. » (1 Pierre 3, 1-6)

« Dis que les femmes âgées doivent aussi avoir l’extérieur qui convient à la sainteté, n’être ni médisantes, ni adonnées au vin ; qu’elles doivent donner de bonnes instructions, dans le but d’apprendre aux jeunes femmes à aimer leurs maris et leurs enfants, être retenues, chastes, occupées aux soins domestiques, bonnes, soumises à leurs maris, afin que la parole de Dieu ne soit pas blasphémée » (Tite 2, 4-5)

« Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l’homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ. » (1 Corinthiens 11, 3)

« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur ; car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Église, qui est son corps, et dont il est le Sauveur. Or, de même que l’Église est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l’être à leurs maris en toutes choses. Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l’Église, et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier par la parole, après l’avoir purifiée par le baptême d’eau, afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible. C’est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Celui qui aime sa femme s’aime lui-même. » (Éphésiens 5,22-28)

L’enseignement du Nouveau Testament est donc clair : l’homme est le chef de la femme, comme le Christ est le Chef de l’Église. L’homme doit servir et aimer sa femme « comme son propre corps » au point d’être prêt à se sacrifier pour elle. Et la femme doit, en retour, se soumettre (c’est-à-dire manifester une obéissance spontanée) envers son mari. L’enseignement biblique sur le rapport homme-femme n’implique aucunement une infériorité ni aucune servitude ou servilité de l’épouse vis-à-vis de son mari. La Bible ne recommande pas aux maris de tenir leur épouse assujettie, mais s’adresse aux épouses pour les exhorter à une soumission volontaire envers leur mari de même qu’il incite les maris à aimer leur femme comme leur propre corps.

L’analogie pilote/co-pilote

Une bonne analogie que l’on peut utiliser pour illustrer ce que doit être le couple chrétien est celle du rapport entre le pilote et son co-pilote. Les deux ont la même dignité intrinsèque ; les deux doivent collaborer ensemble pour faire avancer l’avion dans la bonne direction. La soumission (obéissance) du copilote envers le pilote (qui est son chef) n’est pas une soumission asservissante et servile mais une obéissance à l’autorité légitime à qui la compagnie aérienne a confié la primauté du gouvernement de l’avion. Il en est de même pour le couple : le mari a reçu de Dieu la primauté du gouvernement de sa famille. Celui-ci est donc le chef légitime à qui la femme doit ordinairement une honnête et fidèle subordination.

Il est évident que si le pilote manque à son devoir et met en danger l’avion et tous les passagers, il se dépossède lui-même de son autorité et le copilote doit le suppléer dans la direction de l’avion. De même si le mari manque à son devoir dans la direction de la famille, il appartient à la femme de le remplacer dans ce rôle (exemple typique : un mari alcoolique). L’obéissance à laquelle Dieu appelle les femmes n’est donc pas une obéissance aveugle et absolue mais une soumission d’amour « dans de justes limites ». [C’est l’enseignement du Pape Pie XI que nous verrons juste après].

La Tradition chrétienne

Il importe de mentionner que l’ensemble des Pères et des docteurs de l’Église ayant fait l’exégèse des nombreux passages du Nouveau Testament mentionnés ci-dessus en concluent unanimement qu’il existe une soumission conjugale légitime de la femme envers son mari, qui est son chef. Certains pourraient objecter que les Pères de l’Église et les docteurs ne sont pas infaillibles à titre individuel et ce serait correct. Toutefois, les Pères sont infaillibles dans leur interprétation unanime de l’écriture sur la foi et les mœurs.

Comme le signale le Dictionnaire de Théologie catholique : « Si les Pères sont unanimes à enseigner un point de doctrine, leur enseignement doit être considéré comme la doctrine même de l’Église. Un témoignage de cette nature doit être regardé comme infaillible, puisque c’est en définitive l’Église elle-même qui s’exprime par la voix de ses représentants les plus autorisés. […] En définitive, l’unanimité qui est requise n’est pas une question de mathématique, mais une question d’appréciation. C’est une unanimité morale. Le concile de Trente a émis sur ce sujet une déclaration officielle, au moins en ce qui concerne l’interprétation de la sainte Écriture. « Que nul, déclare-t-il, n’ait l’audace, en des questions touchant à la foi ou aux mœurs, d’interpréter l’Écriture contrairement au sentiment de l’Église… et au consentement unanime des Pères. »2

Ainsi, étant donné que tous les Pères et Docteurs qui ont interprété les passages bibliques susmentionnés concluent à la soumission unilatérale de la femme envers son mari (nous mettons le lecteur au défi de nous trouver un seul contre-exemple !), le critère du consensus patristique nous permet de conclure qu’il s’agit d’une vérité infaillible.3

Penchons-nous à présent sur les enseignements du magistère constant de l’Église.

Magistère de l’Église

Le magistère confirme notre lecture précédente de l’Écriture et enseigne clairement le fait que l’Homme est le Chef de famille et que son épouse lui doit une obéissance spontanée.

Le Catéchisme du Concile de Trente rappelle les devoirs conjugaux entre l’homme et la femme : « Le premier devoir du mari est de traiter sa femme avec douceur et d’une manière honorable. […] En second lieu, il convient que le mari soit occupé à quelque travail honnête, tant pour fournir à sa famille ce qui est nécessaire à son entretien, que pour ne point languir dans une molle oisiveté, source de tous les vices. […] Quant à la femme, voici quelles sont ses obligations, d’après l’Apôtre Saint Pierre « Que les femmes soient soumises à leurs maris, afin que, s’il en est qui ne croient point à la Parole, ils soient gagnés, sans la Parole, par la bonne vie de leurs femmes, lorsqu’ils considéreront la pureté de vos mœurs unie au respect que vous avez pour eux. […]Enfin, — et ceci est le point capital dans le Mariage — elles se souviendront que, selon Dieu, elles ne doivent ni aimer ni estimer personne plus que leurs maris, et qu’elles sont obligées, en tout ce qui n’est point contraire à la piété chrétienne, de leur être soumises et de leur obéir avec joie et empressement. » (Catéchisme du Concile de Trente, § VI. — Devoirs réciproques des époux.)

Pie IX enseignait, quant à lui, la nécessité d’une soumission d’amour au sein du couple chrétien :« L’Église catholique embrasse non seulement Dieu lui-même, mais encore l’amour et la charité pour le prochain, de telle sorte qu’elle a des remèdes pour toutes les maladies qu’éprouvent les âmes à cause de leurs péchés. Elle exerce et enseigne les enfants d’une manière appropriée à leur âge, les jeunes gens avec force, les vieillards avec tranquillité, chacun, en un mot, selon que l’exige l’âge, non pas seulement de son corps, mais encore le développement de son âme. Elle soumet la femme à son mari par une chaste et fidèle obéissance, non pour assouvir le libertinage, mais pour propager la race humaine et conserver la société domestique. Elle met ainsi le mari au-dessus de la femme, non pour qu’il se joue de ce sexe plus faible, mais afin qu’ils obéissent tous deux aux lois d’un sincère amour. » (Pie IX, Encyclique Nostis et nobiscum, 1849)

Dans cette même continuité, le pape Léon XIII enseigne dans son encyclique Arcanum Divinae : « L’homme est le prince de la famille et le chef de la femme. Celle-ci cependant est la chair de sa chair et l’os de ses os. Comme telle, elle doit être soumise à son mari et lui obéir, non à la manière d’une esclave, mais d’une compagne. Ainsi l’obéissance qu’elle lui rend ne sera pas sans dignité ni sans honneur. Dans celui qui commande, ainsi que dans celle qui obéit, puisque tous deux sont l’image, l’un du Christ, l’autre de l’Église, il faut que la charité divine soit la règle perpétuelle du devoir, car le mari est le chef de la femme comme le Christ est le chef de l’Église. Mais de même que l’Église est soumise au Christ, ainsi les femmes doivent être soumises à leurs maris en toutes choses (Eph. V, 23-24). » (Léon XIII, Arcanum Divinae)

Léon XIII désigne aussi clairement le père de famille comme étant le gouverneur de la maison : « Nous ne voulons pas manquer ici d’exhorter spécialement les pères de famille à régler d’après ces préceptes le gouvernement de leurs maisons et la première éducation de leurs enfants. » (Léon XIII,Lettre Encyclique Sapientiae Christianae, 1890)

Le Pape Pie XI, quant à lui, a écrit pendant la prolifération du féminisme de première vague et a très clairement condamné ce féminisme dans son encyclique Casti Connubii. Cette encyclique, adressée à l’Église universelle, porte spécifiquement sur le sacrement du mariage, et a une très haute autorité magistérielle. Pie XI y rappelle l’enseignement constant de l’Église en se référant à saint Augustin, et précise les modalités de la soumission conjugale :

« Enfin, la société domestique ayant été bien affermie par le lien de cette charité, il est nécessaire d’y faire fleurir ce que saint Augustin appelle l’ordre de l’amour. Cet ordre implique et la primauté du mari sur sa femme et ses enfants, et la soumission empressée de la femme ainsi que son obéissance spontanée, ce que l’Apôtre recommande en ces termes : “que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur ; parce que l’homme est le chef de la femme comme le Christ est le Chef de l’Église.” Cette soumission, d’ailleurs, ne nie pas, elle n’abolit pas la liberté qui revient de plein droit à la femme, tant à raison de ses prérogatives comme personne humaine, qu’à raison de ses fonctions si nobles d’épouse, de mère et de compagne ; elle ne lui commande pas de se plier à tous les désirs de son mari, quels qu’ils soient, même à ceux qui pourraient être peu conformes à la raison ou bien à la dignité de l’épouse ; elle n’enseigne pas que la femme doive être assimilée aux personnes que dans le langage du droit on appelle des “mineurs”, et auxquelles, à cause de leur jugement insuffisamment formé, ou de leur impéritie dans les choses humaines, on refuse d’ordinaire le libre exercice de leurs droits, mais elle interdit cette licence exagérée qui néglige le bien de la famille ; elle ne veut pas que, dans le corps moral qu’est la famille, le cœur soit séparé de la tête, au très grand détriment du corps entier et au péril — péril très proche — de la ruine. Si, en effet, le mari est la tête, la femme est le cœur, et, comme le premier possède la primauté du gouvernement, celle-ci peut et doit revendiquer comme sienne cette primauté de l’amour. Au surplus, la soumission de la femme à son mari peut varier de degré, elle peut varier dans ses modalités, suivant les conditions diverses des personnes, des lieux et des temps ; bien plus, si le mari manque à son devoir, il appartient à la femme de le suppléer dans la direction de la famille. Mais, pour ce qui regarde la structure même de la famille et sa loi fondamentale, établie et fixée par Dieu, il n’est jamais ni nulle part permis de les bouleverser ou d’y porter atteinte. Sur cet ordre qui doit être observé entre la femme et son mari, Notre prédécesseur d’heureuse mémoire, Léon XIII, donne, dans l’Encyclique sur le mariage chrétien, que Nous avons rappelée, ces très sages enseignements : “L’homme est le prince de la famille et le chef de la femme ; celle-ci, toutefois, parce qu’elle est, par rapport à lui, la chair de sa chair et l’os de ses os, sera soumise, elle obéira à son mari, non point à la façon d’une servante, mais comme une associée ; et ainsi, son obéissance ne manquera ni de beauté ni de dignité. Dans celui qui, commande et dans celle qui obéit — parce que le premier reproduit du Christ, et la seconde l’image de l’Église, — la charité ne devra jamais cesser d’être la régulatrice de leur devoir respectif. » (Casti Connubii 2)

Pie XI condamne aussi les féministes (de première vague) qui prêchent l’émancipation de la femme vis-à-vis de son mari : « Les mêmes maîtres d’erreurs qui ternissent l’éclat de la fidélité et de la chasteté nuptiales n’hésitent pas à attaquer la fidèle et honnête subordination de la femme à son mari. Nombre d’entre eux poussent l’audace jusqu’à parler d’une indigne servitude d’un des deux époux à l’autre ; ils proclament que tous les droits sont égaux entre époux ; estimant ces droits violés par la “servitude” qu’on vient de dire, ils prêchent orgueilleusement une émancipation de la femme, déjà accomplie ou qui doit l’être. Ils décident que cette émancipation doit être triple, qu’elle doit se réaliser dans le gouvernement de la vie domestique, dans l’administration des ressources familiales, dans la faculté d’empêcher ou de détruire la vie de l’enfant, et ils l’appellent sociale, économique, physiologique : physiologique, car ils veulent que les femmes soient à leur gré affranchies des charges conjugales et maternelles de l’épouse (ce qui n’est pas émancipation, mais crime détestable, Nous l’avons suffisamment montré) ; économique ils entendent par-là que la femme, même à l’insu de son mari, et contre sa volonté, puisse librement avoir ses affaires, les gérer, les administrer, sans se soucier autrement de ses enfants, de son mari et de toute sa famille ; sociale enfin : et par là ils enlèvent à la femme les soins domestiques, ceux des enfants et ceux de la famille, pour que, ceux-là négligés, elle puisse se livrer à son génie naturel, se consacrer aux affaires et occuper des charges, même les charges publiques. Mais ce n’est pas là, une vraie émancipation de la femme, et ce n’est pas là non plus cette digne liberté conforme à la raison, qui est due à la noble tâche de la femme et de l’épouse chrétienne ; c’est bien plutôt une corruption de l’esprit de la femme et de la dignité maternelle, un bouleversement aussi de toute la famille, par où le mari est privé de sa femme, les enfants de leur mère, la maison et la famille tout entière d’une gardienne toujours vigilante. Bien plus, c’est au détriment de la femme elle-même que tourne cette fausse liberté et cette égalité non naturelle avec son mari ; car si la femme descend de ce siège vraiment royal où elle a été élevée par l’Évangile dans l’intérieur des murs domestiques, elle sera bien vite réduite à l’ancienne servitude (sinon en apparence, du moins en réalité) et elle deviendra — ce qu’elle était chez les païens — un pur instrument de son mari. Mais, quant à cette égalité des droits qui est si exaltée et que l’on réclame si vivement, il faut la reconnaître dans les choses qui sont propres à la personne et à la dignité humaines, qui accompagnent le pacte nuptial et qui sont impliquées par la vie conjugale ; en ces choses-là, chacun des deux époux jouit assurément des mêmes droits et il est tenu à la même obligation ; dans les autres choses, une certaine inégalité et une juste proportion sont nécessaires, celles qu’exigent le bien de la famille ou l’unité et la stabilité nécessaires d’une société domestique ordonnée. Si parfois, cependant, les conditions sociales et économiques de la femme mariée doivent se modifier en quelque manière, à cause du changement qui s’est introduit dans la forme et les usages des relations humaines, il appartient aux pouvoirs publics d’adapter les droits civils de la femme aux nécessités et aux besoins de notre époque, en tenant compte de ce qu’exigent le tempérament différent du sexe féminin, l’honnêteté des mœurs, le bien commun de la famille, et pourvu que l’ordre essentiel de la société domestique soit sauvegardé : cet ordre a été institué par une autorité plus haute que l’autorité humaine, savoir par l’autorité et la sagesse divines, et ni les lois de l’État ni le bon plaisir des particuliers ne sauraient le modifier. »

Et d’ajouter en 1931 dans l’encyclique Quadragesimo Anno : « il n’est aucunement permis d’abuser de l’âge des enfants ou de la faiblesse des femmes. C’est à la maison avant tout, ou dans les dépendances de la maison, et parmi les occupations domestiques, qu’est le travail des mères de famille. C’est donc par un abus néfaste et qu’il faut à tout prix faire disparaître, que les mères de famille, à cause de la modicité du salaire paternel, sont contraintes de chercher hors de la maison une occupation rémunératrice, négligeant les devoirs tout particuliers qui leur incombent avant tout : l’éducation des enfants. » (Pie XI, Encyclique Quadragesimo Anno, 1931)

Jean Paul II mentionne aussi que l’homme est le « chef de famille », et précise qu’il ne faut pas que l’épouse soit« obligée de prendre un travail rétribué hors de son foyer » étant donné que s’occuper de ses enfants fait partie « des buts premiers de sa tâche maternelle ».4

Voici une question pour toutes les catholiques qui se revendiquent féministes. Pouvez-vous réellement dire que vous adhérez à l’ensemble des enseignements de saint Pierre, saint Paul et des papes cités précédemment (en particulier Léon XIII, saint Pie X et Pie XI) ? Je pense que toute féministe sincère sera obligée de répondre par la négative. Les citations susmentionnées sont strictement incompatibles avec le féminisme, y compris avec le féminisme de première vague.

C’est pourquoi le pape saint Pie X enseignait déjà au début du xxie siècle que ce féminisme était à rejeter :« Il y a beaucoup à admirer dans le désir féministe d’élever les femmes intellectuellement et socialement, mais que le Seigneur nous protège du féminisme politique. »5

Et le Pape Paul VI de conclure :« Nous voudrions encore, chers Fils et chères Filles, vous mettre en garde contre certaines déviations possibles, dans le mouvement contemporain de promotion de la femme. L’égalisation des droits ne doit pas dégénérer en nivellement égalitaire et impersonnel. L’égalitarisme, prôné aveuglément par notre société matérialisée, ne se soucie guère du bien spécifique des personnes, et contrairement aux apparences, il ne se préoccupe pas de ce qui convient ou ne convient pas à la femme. Il risque par-là, soit de la viriliser indûment, soit de la dépersonnaliser ; dans les deux cas, il fait violence à ce qu’il y a de plus profond en elle. »6

Conclusion

En conclusion, à moins de redéfinir totalement le féminisme, il est logiquement impossible d’être catholique et féministe. Faites le test. Allez dans la rue et dites : « Je suis féministe, mais je suis contre l’avortement, contre la contraception et je pense que mon mari est le chef de famille à qui je dois spontanément me soumettre ». Il est évident que personne ne vous prendrait au sérieux ! Entre le féminisme et le catholicisme, il faut choisir.

Attention, s’opposer au féminisme n’empêche aucunement de défendre la cause des femmes, bien au contraire. Tout catholique peut et doit défendre la femme dans une société qui cherche à la traiter comme un objet de plaisir et de luxure. Les catholiques sont favorables à une défense authentique de la femme dans toute sa dignité en tant qu’elle est créée à l’image de Dieu. Il existe des combats authentiques à mener pour améliorer la cause des femmes dans la société : abolir la pornographie, la GPA, l’exploitation sexuelle ou encore le traitement dégradant que subissent beaucoup de femmes dans l’islam. Les catholiques doivent évidemment prendre part à ces combats ! Défendons la femme dans son authentique dignité mais « que le Seigneur nous protège du féminisme politique » (Saint Pie X) !

  1. Paul VI, Discours à la commission d’étude sur la femme dans la société et dans l’église et au comité pour l’année internationale de la femme (samedi 31 janvier 1976). ↩︎
  2. Dictionnaire de théologie catholique, Les Pères de l’Eglise, 3° Autorité qui s’attacha au consentement unanime des Pères. Disponible en ligne :http ://jesusmarie.free.fr/DTC_peres_de_l_Église.html ↩︎
  3. On peut dire que l’infaillibilité existe déjà via l’enseignement scripturaire sur la soumission à cause de la doctrine de l’inerrance biblique [pour les catholiques, l’Écriture sainte (qui est la Parole de Dieu) ne peut enseigner l’erreur (surtout en matière de foi et de mœurs)] mais elle est aussi renforcée par le consensus patrum. ↩︎
  4. « Une juste rémunération du travail de l’adulte chargé de famille est celle qui sera suffisante pour fonder et faire vivre dignement sa famille et pour en assurer l’avenir. Cette rémunération peut être réalisée soit par l’intermédiaire de ce qu’on appelle le salaire familial, c’est-à-dire un salaire unique donné au chef de famille pour son travail, et qui est suffisant pour les besoins de sa famille sans que son épouse soit obligée de prendre un travail rétribué hors de son foyer, […] L’expérience confirme qu’il est nécessaire de s’employer en faveur de la revalorisation sociale des fonctions maternelles, du labeur qui y est lié, et du besoin que les enfants ont de soins, d’amour et d’affection pour être capables de devenir des personnes responsables, moralement et religieusement adultes, psychologiquement équilibrées. Ce sera l’honneur de la société d’assurer à la mère sans faire obstacle à sa liberté, sans discrimination psychologique ou pratique, sans qu’elle soit pénalisée par rapport aux autres femmes, la possibilité d’élever ses enfants et de se consacrer à leur éducation selon les différents besoins de leur âge. Qu’elle soit contrainte à abandonner ces tâches pour prendre un emploi rétribué hors de chez elle n’est pas juste du point de vue du bien de la société et de la famille si cela contredit ou rend difficiles les buts premiers de la mission maternelle. Dans ce contexte, on doit souligner que, d’une façon plus générale, il est nécessaire d’organiser et d’adapter tout le processus du travail de manière à respecter les exigences de la personne et ses formes de vie, et avant tout de sa vie de famille, en tenant compte de l’âge et du sexe de chacun. C’est un fait que, dans beaucoup de sociétés, les femmes travaillent dans presque tous les secteurs de la vie. Il convient cependant qu’elles puissent remplir pleinement leurs tâches selon le caractère qui leur est propre, sans discrimination et sans exclusion des emplois dont elles sont capables, mais aussi sans manquer au respect de leurs aspirations familiales et du rôle spécifique qui leur revient, à côté de l’homme, dans la formation du bien commun de la société. La vraie promotion de la femme exige que le travail soit structuré de manière qu’elle ne soit pas obligée de payer sa promotion par l’abandon de sa propre spécificité et au détriment de sa famille dans laquelle elle a, en tant que mère, un rôle irremplaçable. »(Jean‑Paul II, Lettre Encyclique Laborem Exercens, 19). ↩︎
  5. R. Camp, “From Passive Submission to Complementary Partnership: the papal conception of a woman’s place in Church and society since 1878”, The Catholic Historical Review vol. 76, n° 3 (1990), p 512. ↩︎
  6. Paul VI, Discours à la commission d’étude sur la femme dans la société et dans l’Église, et au comité pour l’année internationale de la femme, samedi 31 janvier 1976. ↩︎

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