Recension du livre « Peut-on espérer un salut universel ? »

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24 août 2026

Recension du livre « Peut-on espérer un salut universel ? »

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Introduction et contexte

Il est rare que l’on dise d’un livre qu’il est capable de clore définitivement un débat. Une telle rareté s’explique par la complexité des sujets abordés dans la vie intellectuelle, notamment en théologie. Pourtant, l’ouvrage magistral de Mgr Christophe Kruijen nous offre ici une véritable exception. Celui-ci permet de réfuter définitivement la fausse thèse de l’espérance d’un salut universel, promue par Hans Urs von Balthasar et Rahner.

Au terme de douze ans de travail acharné, Mgr Kruijen nous livre les aspects centraux de son infatigable recherche, aussi exhaustive que fructueuse. Il lui aura fallu beaucoup de patience pour rédiger un tel ouvrage, copieusement pourvu de notes de bas de page et de citations d’auteurs dans leur langue originale, traduites avec une grande précision. Un travail aussi rigoureux était pourtant plus que nécessaire. Aujourd’hui, il est devenu courant, dans les cours de théologie dogmatique, de présenter la possibilité d’un enfer vide comme une évidence et de culpabiliser ceux qui soutiennent la thèse contraire à coups de termes méprisants comme « infernalistes ».

Combien de professeurs de séminaire répètent, sans avoir étudié la question, que l’Église n’aurait jamais enseigné la damnation de certains êtres humains ? Combien de partisans de l’espérance pour tous prennent la peine de « mettre les mains dans le cambouis » en répondant méthodiquement et avec rigueur à l’ensemble des versets invoqués pour soutenir l’existence réelle de certains réprouvés ?

Car affirmer que « Jésus et l’Église n’ont jamais dit qu’il y avait des gens en enfer » est une chose ; mais répondre sur le fond à l’ensemble des textes de l’Écriture sainte et du Magistère qui enseignent le contraire en est une autre. Et les partisans de la possibilité d’un enfer vide ne s’y livrent presque jamais.

Plan de l’ouvrage

Le magnifique ouvrage de Mgr Kruijen nous offre un plan bien construit. Le premier chapitre est consacré aux remarques préliminaires relatives à la problématique du salut universel. L’auteur y aborde le contexte de la problématique, son actualité, l’intérêt de sa recherche, ainsi que ses objectifs et sa méthodologie.

Les deuxième et troisième chapitres entrent directement dans le cœur du sujet, puisqu’ils visent à présenter très exactement la pensée de Balthasar et de Rahner sur l’espérance pour tous. En effet, avant de critiquer des auteurs, encore faut-il les avoir lus et être capable de restituer très exactement leur pensée. C’est précisément ce que font ces chapitres, riches en citations et en références.

Le quatrième chapitre vise à évaluer la pensée de quelques dogmaticiens contemporains qui se sont attelés à la question, aussi bien ceux qui sont favorables à la thèse de l’espérance pour tous que ceux qui y sont défavorables (Journet, Pozo, etc.).

Le cinquième chapitre se révèle, quant à lui, plus massif et plus central dans l’enquête de l’auteur. Il s’agit d’évaluer ce qu’enseigne l’Écriture sainte au sujet de la damnation. L’auteur montre avec pertinence que de nombreux textes bibliques, surtout dans le Nouveau Testament, peuvent être avancés pour défendre l’existence d’au moins certains damnés. Il répond en outre aux versets prétendument universalistes présents chez saint Paul, en montrant de manière convaincante que celui-ci n’était en rien universaliste lorsque l’on examine l’ensemble du corpus de ses lettres.

Le sixième chapitre aborde le dossier de la Tradition apostolique. Qu’ont enseigné les Pères de l’Église à ce sujet ? De saint Clément de Rome à saint Grégoire le Grand, l’auteur analyse de manière quasi exhaustive la pensée des différents Pères latins et orientaux. Résultat ? Hormis quelques exceptions tout à fait minoritaires — Origène, Grégoire de Nysse, Grégoire de Nazianze, etc. —, l’ensemble du corpus patristique est favorable à un jugement à double issue impliquant l’existence de damnés pour l’éternité. Aucun Père de l’Église n’a soutenu qu’il était possible qu’aucune personne ne se trouve en enfer. Même les rares Pères universalistes optaient pour l’apocatastase, c’est-à-dire pour un enfer temporaire suivi du salut. Cette thèse fut néanmoins condamnée comme hérétique par l’Église dès le VIe siècle (cf. Dz 411). L’auteur conclut que, du point de vue de l’histoire des idées, la thèse de Balthasar est une stricte invention ex nihilo, apparue au XXe siècle, qui ne possède aucun fondement dans la Tradition. Balthasar et Rahner oublient-ils que l’Église interdit d’interpréter l’Écriture contre le consentement moralement unanime des Pères ?1

Le septième chapitre est sans doute l’un des plus importants du livre, car il aborde les enseignements du Magistère de l’Église. En effet, il appartient à l’Église seule de juger de l’interprétation des Saintes Écritures. L’auteur montre de manière convaincante qu’à travers les siècles, l’Église a enseigné le jugement à double issue, impliquant nécessairement l’existence de damnés, comme une donnée évidente. Certes, il n’existe aucune définition formellement ex cathedra du type : « Nous définissons qu’il existe des damnés », tout simplement parce qu’il s’agissait d’une vérité bien trop évidente pour être contestée. Même les hérétiques n’ont pas osé remettre en question cet aspect de l’eschatologie chrétienne. Il en va de même pour l’existence du diable ou pour la messianité de Jésus-Christ. Ces vérités de foi étaient tellement évidentes du point de vue de l’Écriture que l’Église n’a jamais eu besoin d’intervenir par une définition ex cathedra. Pourtant, il serait évidemment hérétique de remettre en question ces vérités de foi, même en l’absence d’une telle définition formelle. L’auteur montre en effet que l’existence de damnés est une vérité divinement révélée, enseignée par le Magistère ordinaire et universel. Il démontre aussi que la thèse de Balthasar contredit frontalement de nombreux textes du Magistère de l’Église : le concile de Quierzy, les conciles de Trente et de Valence, la profession de foi du concile du Latran et bien d’autres encore. L’auteur montre même que l’Église a enseigné la damnation de Judas à deux reprises dans le Catéchisme du concile de Trente — ce qui est totalement ignoré par les partisans actuels de l’espérance pour tous !

Kruijen montre également que le chapitre 48 de Lumen gentium (Vatican II) contredit la thèse de Balthasar, en s’appuyant notamment sur les actes du Concile. Puis, il s’attache à démonter avec une efficacité redoutable le mythe selon lequel les papes Benoît XVI et Jean-Paul II auraient été des partisans de l’espérance pour tous. Il répond notamment au texte d’une audience de Jean-Paul II datant de 1999, souvent invoquée à tort par les disciples de Balthasar — celui-ci reposant sur une erreur de transcription corrigée ultérieurement.

En bref, Kruijen démontre sans l’ombre d’un doute que l’espérance pour tous est condamnée infailliblement par le Magistère de l’Église.

Conclusion

Que reste-t-il, au terme de cette enquête, de l’espérance d’un salut universel ? La réponse de Kruijen est sans appel : loin de constituer un développement légitime de la doctrine chrétienne, la thèse de Balthasar contredit une vérité divinement révélée, attestée conjointement par l’Écriture, la Tradition et le Magistère. Ceux qui souhaitent contester cette conclusion ne pourront plus, après la publication d’un tel ouvrage, se contenter de répéter ad nauseam que l’Église n’aurait jamais enseigné l’existence de damnés. Désormais, la charge de la preuve change de camp : quiconque entend défendre l’espérance pour tous devra répondre, textes en main et point par point, au dossier monumental constitué par Kruijen. On leur souhaite bien du courage !

  1. Le concile de Trente enseigne : « De plus, afin de mettre un frein à la hardiesse des esprits, le concile ordonne que, dans les choses de la foi et de la morale qui ont rapport au maintien de la doctrine chrétienne, personne, par une confiance aveugle en son propre jugement, n’ait l’audace de détourner la sainte Écriture à son sens privé, ni de l’interpréter contrairement à l’explication qu’en donne notre mère la sainte Église, à qui il appartient de juger du véritable sens des Écritures ou au sentiment unanime des Pères»(concile de Trente, IVe session, 8 avril 1546). ↩︎
Matthieu Lavagna

À propos de l’auteur

Matthieu Lavagna

Auteur-conférencier catholique, Matthieu Lavagna travaille dans le domaine de l’apologétique pour l’association Marie de Nazareth depuis 2021. Ses travaux concernent principalement la défense rationnelle de la foi catholique.

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