11 août 2026
Réponse à Absinners sur Carlo Acutis
Introduction et contexte
Récemment, le youtubeur athée Absinners a consacré une longue enquête à la canonisation de Carlo Acutis, dans laquelle il remet sévèrement en cause la légitimité de cette dernière.
Cette vidéo étant susceptible de troubler de nombreux catholiques, il est important d’y apporter une réponse fondée sur les faits et sur les critères réels retenus par l’Église pour cette canonisation.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient toutefois de reconnaître certaines critiques légitimes formulées dans cette enquête. Il est possible que certains catholiques aient sans doute contribué à diffuser des affirmations excessives ou erronées, notamment au sujet de son corps, présenté à tort comme « incorrompu ». Ces exagérations existent et il serait contre-productif de les nier. D’ailleurs, l’incorruptibilité n’est jamais preuve de sainteté et n’est jamais prise en considération par le Dicastère des Causes des Saints.
Il est également important de distinguer le dossier officiel sur lequel l’Église s’appuie pour justifier la canonisation de Carlo Acutis des récits populaires qui se sont développés autour de sa personne. Ce n’est pas parce que certains fidèles entretiennent des représentations exagérées d’un saint que ces représentations font partie de l’enseignement officiel de l’Église.
La thèse centrale de l’enquête
La thèse centrale de la vidéo d’Absinners est que Carlo Acutis n’était, au fond, qu’un adolescent tout à fait ordinaire, et que sa canonisation serait essentiellement le résultat d’une collaboration entre sa mère, présentée comme très influente et fortunée, et un Vatican désireux de promouvoir une figure « marketing » capable de parler à la jeunesse du XXIᵉ siècle.
Une telle accusation mérite d’être examinée avec sérieux. Nous reprendrons donc chacune des principales critiques avancées afin de vérifier si elles résistent à un examen rationnel des faits.
Sur quoi porte précisément le débat
Avant cela, il est nécessaire de rappeler ce qui est réellement en débat ici : la sainteté de Carlo. Selon les critères de l’Église catholique, pour démontrer que Carlo n’était pas un saint, il faudrait établir qu’il n’a pas vécu l’héroïcité des vertus ou qu’il n’est pas mort en état d’amitié avec Dieu.
Inversement, pour justifier sa canonisation, il nous suffit de montrer qu’il a effectivement pratiqué les vertus chrétiennes de manière héroïque, en particulier au terme de sa vie, et qu’il est mort en état d’amitié avec Dieu. Deux miracles sont demandés : un pour la béatification et un pour la canonisation, mais le Saint-Père peut dispenser des miracles. C’est précisément ce qu’entend reconnaître l’Église lorsqu’elle proclame une personne sainte.
La question est donc de savoir si les objections d’Absinners réfutent ou fragilisent de manière significative les conclusions de l’enquête canonique portant sur les vertus de Carlo et les miracles attribués à son intercession.
Nous insistons vraiment sur le fait que c’est uniquement sur cette question que porte le débat, et non sur des récits secondaires, des exagérations populaires ou des anecdotes plus ou moins spectaculaires.
I-Les objections hors sujet (20 premières minutes de la vidéo)
1 min 23 — Les accusations contre Mère Teresa
Absinners promeut une vidéo qui reprend plusieurs accusations portées contre Mère Teresa sans s’être renseigné. Sur ce sujet, on pourra consulter la réponse proposée par la chaîne Archidiacre, qui examine et réfute un certain nombre d’accusations couramment formulées à son encontre : https://www.youtube.com/watch?v=3qFfS3zQL1I&t=8s. Ces considérations sont toutefois sans rapport direct avec la canonisation de Carlo Acutis.
1 min 28 — Jean-Paul II n’aurait pas condamné certains prêtres pédocriminels
Absinners affirme que Jean-Paul II n’aurait pas condamné certains prêtres coupables d’abus sexuels. Cette accusation est trompeuse. Dans le cas du père Marcial Maciel, rien ne permet d’affirmer que Jean-Paul II connaissait avec certitude la réalité de ses crimes et qu’il aurait choisi, en pleine connaissance de cause, de les couvrir. On peut éventuellement reprocher à Jean-Paul II d’avoir fait preuve d’une confiance excessive ou de ne pas avoir pris suffisamment au sérieux certaines accusations. Mais cela est différent du fait d’affirmer qu’il aurait sciemment refusé de condamner un prêtre dont il savait qu’il était coupable. Quoi qu’il en soit, cette question n’a à nouveau aucun rapport direct avec la sainteté personnelle de Carlo Acutis.
5 min 30 — La famille Acutis serait très riche et aurait financé la cause de canonisation
Même à supposer que la famille Acutis soit très fortunée et qu’elle ait pu financer elle-même une grande partie de la procédure, cela ne prouve absolument pas que Carlo n’a pas pratiqué les vertus chrétiennes de manière héroïque. Le financement matériel d’une cause de canonisation et la réalité des vertus de la personne concernée sont deux questions distinctes. L’argument est donc hors sujet.
De plus, c’est l’Acteur de la Cause de canonisation (pas le Diocèse où a lieu l’enquête diocésaine) qui doit s’occuper des différents frais financiers. Ainsi, dans le cas d’un religieux ou d’une religieuse, c’est sa congrégation qui doit prendre en charge les frais de procédure. Carlo Acutis n’étant pas ecclésiastique, il n’est pas aberrant que sa famille ait contribué aux dépenses. Insinuer que cela revient à un achat de canonisation est une accusation purement gratuite, sans fondement ni preuve. D’ailleurs, ni l’Acteur ni le Postulateur ne peuvent connaître les différentes personnes impliquées dans la Cause. Leurs noms restent anonymes pour les protéger de ce genre d’ingérence ou d’influence.
11 min 20 — Acheter des sacs de couchage aux pauvres ne prouve rien
Absinners explique, en substance, que le fait que Carlo ait acheté des sacs de couchage à des personnes pauvres est certes généreux, mais ne suffit pas à prouver la sainteté puisque de nombreuses associations, comme les Restos du Cœur, accomplissent elles aussi des actions généreuses.
Mais personne n’a jamais prétendu le contraire ! Personne ne prétend qu’un acte isolé de générosité suffirait à établir la sainteté d’une personne! Cet épisode est simplement présenté comme l’un des indices permettant de mieux comprendre la personnalité de Carlo, notamment sa générosité spontanée et son attention aux personnes dans le besoin. Il s’agit d’un exemple concret (certes pas le seul) sur la vertu de la charité envers le prochain, vécue héroïquement par cet adolescent. Une cause de canonisation ne repose jamais sur une seule anecdote, mais sur l’examen de l’ensemble de la vie d’une personne et de la manière habituelle dont cette personne a pratiqué les vertus, sur la base de documents authentiques et de témoignages devant le Tribunal.
13 min 30 — Carlo serait présenté comme un enfant pauvre alors qu’il appartenait à une famille riche
L’Eglise n’a jamais prétendu que Carlo serait un enfant matériellement pauvre dans son dossier de canonisation. Le fait qu’il ait grandi dans une famille riche ne constitue pas un argument contre sa sainteté puisque la sainteté chrétienne ne dépend ni de la pauvreté matérielle ni de la richesse, ni du statut social. Ce qui importe est l’usage que la personne fait de ses biens, son détachement intérieur et son attention envers les autres. Hors sujet une fois de plus.
13 min 46 — Une mort prophétisée à 70 kilos ?
Absinners évoque une affirmation selon laquelle Carlo aurait annoncé qu’il mourrait lorsqu’il pèserait soixante-dix kilos. Il objecte que cette prétendue prophétie ne se retrouve pas dans les vidéos de Carlo disponibles sur YouTube.
Il convient déjà de remarquer que toutes les affirmations que formule une personne au cours de sa vie ne font l’objet d’un enregistrement vidéo sur YouTube.
Mais même à supposer que cette affirmation soit invérifiable, déformée ou qu’elle ait été rapportée uniquement par sa mère, cela ne remet pas en cause l’ensemble de la cause de canonisation. Tout simplement parce que Carlo Acutis n’a pas été canonisé en raison de cette prétendue prophétie !
Sa cause repose principalement sur l’examen de ses vertus, de sa réputation de sainteté et des miracles attribués à son intercession après sa mort. Cet épisode est donc secondaire et hors sujet. Même si l’anecdote était fausse, cela ne permettrait pas d’invalider sa canonisation.
17 min 30 — Le corps de Carlo ne serait pas incorrompu
Absinners remarque à juste titre que de nombreux influenceurs catholiques présentent le corps de Carlo Acutis comme miraculeusement incorrompu, alors qu’il a été reconstitué et recouvert, notamment au niveau du visage, d’un masque.
Ici encore, il faut distinguer très clairement le discours officiel de l’Église des affirmations parfois excessives diffusées sur les réseaux sociaux ou dans certains milieux de piété populaire. L’Église n’a pas fondé la canonisation de Carlo Acutis sur une prétendue incorruptibilité de son corps. Elle n’affirme pas officiellement que son corps aurait été miraculeusement préservé de toute décomposition. Comme Absinners le reconnaît lui-même vers 18 min 45, l’évêque d’Assise a précisé que le corps avait subi le processus normal de décomposition. Il est donc légitime de corriger les catholiques qui affirment à tort que le corps de Carlo est incorrompu. Mais cette erreur populaire ne constitue pas un argument contre la validité de sa canonisation, puisque l’Église elle-même ne s’appuie pas sur cette affirmation. Encore une objection hors sujet.
19 min 38 — L’Église aurait reconnu que le suaire de Turin est faux
Absinners affirme que l’Église aurait démenti l’authenticité du suaire de Turin.
Cette formulation est fausse et témoigne de son ignorance flagrante du catholicisme. L’Église catholique n’a pas officiellement tranché la question de l’authenticité historique et scientifique du suaire. Elle autorise sa vénération comme une image renvoyant à la Passion du Christ, sans obliger les fidèles à croire qu’il s’agit effectivement du linceul funéraire de Jésus, mais sans le nier non plus.
II — Les miracles retenus pour la béatification et la canonisation
20 min 40 — Les miracles attribués à l’intercession de Carlo Acutis
Nous arrivons ici à un sujet beaucoup plus central. Dans une cause de canonisation, l’Église ne se contente pas de recueillir des témoignages enthousiastes ou des anecdotes populaires. Elle conduit une enquête approfondie sur la vie, les écrits, la réputation de sainteté et les vertus de la personne. Dans le cas de Carlo Acutis, un miracle a été reconnu en vue de sa béatification, puis un autre en vue de sa canonisation.
Une procédure médicale qu’Absinners préfère caricaturer
Selon Absinners, les miracles reconnus par l’Église reposeraient uniquement sur la confiance : aucune science, aucun véritable dossier, seulement quelques ecclésiastiques réunis « derrière les murs impénétrables du Vatican ». Cette présentation est grossièrement trompeuse.
La procédure officielle prévoit d’abord l’examen séparé du dossier par deux experts médicaux. Si le cas paraît suffisamment solide, il est transmis à la Consulta Medica, une commission composée de sept médecins. Ceux-ci doivent se prononcer sur le diagnostic, le pronostic, les traitements reçus et les modalités exactes de la guérison. Pour qu’un dossier poursuive son parcours, une majorité qualifiée d’au moins cinq voix sur sept est exigée.
Le dossier doit comprendre les documents médicaux contemporains des faits : comptes rendus hospitaliers, examens cliniques, radiographies, scanners, IRM et autres pièces pertinentes. Le règlement interdit en outre aux médecins chargés de l’expertise romaine d’entrer directement en contact avec le postulateur de la cause (d’ailleurs celui-là ne connaît pas leurs noms).
Les médecins ne déclarent jamais que Dieu a accompli un miracle. Ils se bornent à répondre à une question strictement médicale : la guérison est-elle rapide, complète, durable et scientifiquement inexplicable ? Ce n’est qu’après leur examen que des théologiens étudient le lien entre la guérison et la demande d’intercession. Viennent ensuite le jugement des cardinaux et des évêques, puis la décision du pape.
Tout le dossier d’une Cause, de l’ouverture jusqu’à la canonisation, est protégé par un secret pontifical, pour assurer la liberté des témoins et la protéger de toute pression ou influence externe. Absinners peut critiquer cette procédure ou réclamer davantage de transparence mais prétendre qu’elle ne repose sur « aucune documentation scientifique » est tout simplement faux. Les documents médicaux constituent précisément la matière première de l’enquête.
Sources officielles :
- Constitution apostolique Divinus Perfectionis Magister
- Règlement officiel de la Consulta Medica
- Documents médicaux exigés par le Dicastère
Le cas de Matheus Vianna
Absinners affirme :
« Le premier cas, c’est celui du petit Mateus Viana, un enfant brésilien de quatre ans né en 2009. Il avait une anomalie génétique rare, le pancréas annulaire, qui l’empêchait de manger et qui le faisait vomir tout ce qu’il ingérait. Mais c’était sans compter sur l’aide de Carlo Acutis. Après plusieurs prières à l’intention de Carlo Acutis pour sauver cet enfant, il se trouve que l’enfant aurait guéri miraculeusement et que maintenant, il serait en parfaite santé. Quand on se renseigne un peu sur la maladie de Matthéus, on voit bien qu’elle n’avait rien d’incurable. En réalité, la plupart des gens qui ont cette maladie, on les opère simplement et il n’y a pas de risque majeur. Le pronostic du pancréas annulaire chez l’enfant est excellent, avec une augmentation des taux de survie globale, nous dit la National Library of Medicine. En gros, sur le papier, la maladie de cet enfant, elle avait l’air sérieuse, mais dans les faits, elle n’a rien d’incurable. »
Pour évacuer le premier cas, Absinners explique que le pancréas annulaire peut être traité chirurgicalement et que son pronostic est généralement favorable. Il répond ainsi à une affirmation que personne n’a faite. Le miracle allégué n’est pas que le pancréas annulaire serait toujours incurable : il concerne la guérison précise de Matheus, dans les conditions précises de son dossier.
Matheus souffrait d’une sténose duodénale provoquée par un pancréas annulaire incomplet, accompagnée de vomissements continus et d’une malnutrition grave. Une enquête a été conduite dans l’archidiocèse de Campo Grande, au Brésil, puis déclarée juridiquement valide par le Dicastère en mars 2019. Le 19 novembre 2019, la Consulta Medica a conclu à l’unanimité que la guérison était rapide, complète, durable et scientifiquement inexplicable (il s’agit donc de médecins experts en la matière). Les théologiens ont rendu un avis favorable en décembre 2019, puis les cardinaux et les évêques en février 2020. Le pape François a ensuite autorisé la promulgation du décret reconnaissant le miracle.
La manœuvre d’Absinners est donc transparente : il remplace l’examen du cas particulier par une banalité générale. Oui, certaines personnes atteintes d’un pancréas annulaire peuvent être opérées avec succès. Et alors ? Cela ne démontre absolument pas que la guérison de Matheus s’explique par une opération qu’il n’aurait pas reçue ni qu’elle correspond à l’évolution naturelle de son affection.
Pour réfuter ce miracle, il faudrait montrer que le diagnostic était erroné, qu’un traitement explique la guérison ou que les experts ont mal interprété le dossier. Absinners ne fait rien de tout cela. Il consulte une page générale sur la maladie, constate qu’un traitement chirurgical existe et s’imagine avoir réfuté l’expertise unanime de sept médecins ayant étudié le cas individuel. On appréciera la rigueur scientifique!
Sources :
- Dossier officiel de Carlo Acutis — Dicastère pour les Causes des Saints
- Vatican News — la guérison de Matheus Vianna
Le cas de Valeria Vargas Valverde
Absinners poursuit :
« Ensuite, on a le cas de Valéria Valverde, qui est une femme de 21 ans, qui a fait un accident de vélo très grave. Notre miraculée avait des traumatismes crâne. On a dû lui faire une cranectomie, c’est-à-dire qu’on lui a retiré des fragments du crâne. Bref, son cas était évidemment critique, mais ce n’est pas comme si elle avait été guérie du jour au lendemain. En réalité, elle a passé 16 jours en soins intensifs et elle a passé plus d’un mois en hôpital. Vraiment, je ne vois pas ce qui viole les lois de la médecine là-dedans. Notre miraculé a simplement guéri après un accident grave. Pour le coup, des cas de gens qui frôlent la mort après un accident grave, on en a énormément en médecine. Je vous en ai laissé un en description. C’est un gamin de 19 ans qui a fait un gros accident de voiture. Pareil, on lui a fait une craniectomie. Comme pour Valéria, quelques mois plus tard, il allait mieux et ensuite, il a complètement guéri. Le souci de ces pseudo-miracles, c’est qu’ils reposent uniquement sur une seule chose: la confiance. En l’occurrence, la confiance en l’Église, pas en la science. […] On n’a accès à aucune documentation scientifique. Pas de rapports médicaux, pas de scanner avant et après l’accident, pas de revue par les pairs, rien, que dalle. L’enquête est faite en interne derrière les murs impénétrables du Vatican. Une fois qu’ils ont réuni tous leurs petits dossiers, ils font un communiqué et c’est tout. On ne sait pas si le petit Matthéus a mal été diagnostiqué ou s’il avait une forme moins grave de pancréa ne nécessitant pas d’opération. On ne sait pas si la guérison de Valéria Valverde était réellement exceptionnelle ou si c’est un cas assez courant dans les hôpitaux, parce qu’encore une fois, on n’a aucune data scientifique, on n’a rien.”
Absinners applique exactement la même méthode au cas de Valeria. Des patients récupèrent parfois après une craniectomie ; Valeria a subi une craniectomie ; sa guérison ne serait donc pas extraordinaire. Ce raisonnement est d’une faiblesse consternante !
Une craniectomie est une intervention, pas un diagnostic précis ni un pronostic uniforme. Deux patients ayant subi cette opération peuvent présenter des lésions, des complications et des perspectives de récupération radicalement différentes. Citer un autre jeune ayant fini par guérir quelques mois après un accident ne nous apprend strictement rien sur le caractère normal ou anormal de l’évolution de Valeria.
Selon le Dicastère, Valeria avait subi un traumatisme crânien sévère comportant de multiples lésions cortico-sous-corticales et une hémorragie sous-arachnoïdienne. Le diocèse d’Assise rapporte qu’elle fut hospitalisée à Careggi et opérée afin de réduire la pression intracrânienne.
Six jours après l’accident, sa mère se rendit à Assise pour demander l’intercession de Carlo. Dans la soirée, l’hôpital lui annonça une amélioration soudaine : Valeria avait recommencé à respirer spontanément. Le lendemain, elle retrouva des mouvements ainsi qu’une partie de la parole. Une tomodensitométrie ultérieure constata la disparition de l’hémorragie.
Une enquête officielle fut instruite dans l’archidiocèse de Florence entre mai et juin 2023. Sa validité juridique fut reconnue en juillet. Les théologiens rendirent un avis unanime favorable le 5 mars 2024, puis les cardinaux et les évêques reconnurent le miracle le 7 mai. Le pape François autorisa la promulgation du décret le 23 mai 2024.
Absinners ne présente aucune analyse neurologique du dossier, aucune contre-expertise et aucune comparaison médicale sérieuse. Il se contente de rapprocher Valeria d’un autre accidenté parce que tous deux ont subi une craniectomie. C’est comme prétendre que deux cancers ont nécessairement le même pronostic parce que les deux patients ont reçu une chimiothérapie. Une ressemblance superficielle ne remplace pas l’étude clinique.
Pour réfuter le caractère exceptionnel de cette guérison, il faudrait comparer la nature exacte des lésions, les imageries, le pronostic initial, les traitements, le délai de récupération et les séquelles normalement attendues. Absinners ne le fait pas. Il oppose une anecdote trouvée sur Internet à une procédure ayant examiné le dossier individuel de Valeria, puis s’autoproclame vainqueur.
Sources :
- Dossier officiel de Carlo Acutis — Dicastère pour les Causes des Saints
- Diocèse d’Assise — chronologie de la guérison
- Décret autorisé par le pape François le 23 mai 2024
« Aucune documentation scientifique » ?
Il est exact que les dossiers médicaux complets, les scanners et les délibérations individuelles des experts ne sont pas publiés. Absinners pourrait objecter qu’il s’agit là d’un manque de transparence mais en réalité, c’est une question de secret pontifical qui protège les témoins, les médecins, les infirmiers, la famille et toutes les personnes impliquées. D’ailleurs, tous les témoignages sont faits sous serment de garder le secret. Un lecteur extérieur ne peut donc pas reproduire intégralement l’expertise de la Consulta Medica.
Malheureusement, Absinners transforme abusivement l’affirmation « les dossiers complets ne sont pas accessibles au public » en « il n’existe aucun dossier ». C’est un sophisme élémentaire. L’absence de publication publique n’est pas l’absence de documentation.
La procédure exige justement les dossiers hospitaliers, les comptes rendus opératoires et les examens d’imagerie. Le document officiel Sanctorum Mater affirme explicitement: “Pour les guérisons présentées comme miraculeuses, il est nécessaire de fournir les documents médicaux, cliniques et instrumentaux par exemple: les dossiers cliniques, les rapports des médecins, les examens de laboratoire et les recherches instrumentales”(Sanctorum Mater, art. 38, 2). Ces pièces sont étudiées par des spécialistes qui engagent leur jugement médical. Il suffit de lire les documents Normae Servandae et Sanctorum Mater pour voir le nombre de médecins impliqués à tous les niveaux. On ne peut pas honnêtement prétendre que l’enquête repose sur « rien ».
L’exigence d’une publication dans une revue scientifique n’est pas non plus une objection décisive. Une expertise médicale individuelle — qu’elle intervienne dans une procédure judiciaire, assurantielle ou canonique — n’a pas nécessairement vocation à devenir un article scientifique. Son absence dans une revue ne prouve donc ni son existence ni son absence de valeur. Elle limite sa vérification publique, ce qui est différent.
Le prétendu « Dieu bouche-trou »
Absinners n’en démord pas: « Admettons que ces deux guérisons soient inexplicables par la science. Même si c’était le cas, rien ne permet de faire le saut entre on ne sait pas et du coup, c’est un miracle. Placer le miraculeux à la place de l’inconnu. C’est un raisonnement bouche-trou qui survit uniquement dans notre ignorance. »
En réponse, il suffit de remarquer que le raisonnement n’est pas une affirmation bouche-trou du type : « On ne sait pas, donc c’est Dieu. » La guérison est jugée inexplicable par les connaissances médicales disponibles et, comme par hasard, elle se produit dans le contexte précis d’une demande d’intercession adressée à Carlo Acutis. Il est donc parfaitement légitime d’inférer que Dieu a agi.
Si Absinners souffrait d’une maladie grave, que l’on invoquait Dieu pour sa guérison et qu’il se mettait soudainement à guérir, sans convalescence, avec une rémission complète et immédiate, aurait-il l’audace de prétendre que cette coïncidence extrêmement précise ne constitue même pas un indice en faveur d’une intervention divine ? Ce serait parfaitement irrationnel.
Conclusion sur les miracles
Absinners n’a réfuté aucun des deux miracles. Il ne dispose pas des dossiers médicaux complets et ne produit aucune contre-expertise fondée sur les données cliniques particulières de ces deux patients. Pour Matheus, il confond la possibilité générale d’une opération avec l’explication d’une guérison particulière. Pour Valeria, il compare superficiellement deux patients parce qu’ils ont subi une intervention semblable. Enfin, il transforme l’absence de publication intégrale des dossiers en absence totale de documentation.
Pour réfuter ces miracles, il faudrait montrer que les diagnostics étaient faux, que les guérisons étaient ordinaires ou que les expertises étaient frauduleuses. Absinners n’établit rien de tout cela.
Derrière le ton triomphant, les sarcasmes et les grands discours sur la science, sa réfutation médicale se résume donc à quelques recherches générales sur Internet et à une anecdote sans valeur comparative. C’est bien peu pour prétendre avoir renversé les conclusions de spécialistes qui ont, eux, étudié les dossiers individuels.
28 min — Le meilleur ami de Carlo affirme ne pas avoir su que Carlo était religieux
« Je vous présente le journaliste John Phipps. Il a enquêté sur Carlo Acutis et il a interviewé des anciens amis à lui. Il a même interviewé la propre mère de Carlo Acutis. Et le récit qui nous délivre est très différent. […] Je cite : « J’avais parlé au meilleur ami de Carlo. Il m’avait dit que de son vivant, il ne l’avait pas connu comme un garçon particulièrement pieux. En fait, il ne savait même pas que Carlo était religieux.” [….] « Vous a-t-il parlé de Jésus, demande l’intervieweur. Non, il n’évoquait pas la foi avec ses camarades, répond Federico. […] On est censé croire que Carlo Acutis prenait régulièrement la parole dans sa classe pour faire valoir ses valeurs de catholique. Mais en même temps, son meilleur ami ne savait même pas qu’il était religieux. Et son meilleur ami, je le rappelle au cas où, il était aussi
Federico Oldani est présenté comme le « meilleur ami » de Carlo, mais sur quels éléments précis repose cette qualification ? Était-il réellement son ami le plus proche ou simplement l’un de ses camarades de classe ? Il faut rester prudent avec ce genre d’appellation. On retrouve le même phénomène chez certaines personnes affirmant : « J’étais dans la classe d’Emmanuel Macron, nous étions les meilleurs amis du monde », alors qu’elles ne l’ont peut-être croisé qu’une fois dans la cour de récréation. Lorsqu’une personne devient célèbre, certains ont intérêt à exagérer rétrospectivement la proximité qu’ils entretenaient avec elle. Avoir fréquenté la même classe ne signifie pas nécessairement avoir partagé une relation intime ni connaître tous les aspects de la vie de l’autre.
Mais même en admettant que Federico ait véritablement été son meilleur ami, son ignorance de la foi de Carlo ne prouve pas que celle-ci était inexistante ou superficielle. Historiquement, de nombreux saints ont vécu leur vie intérieure et parfois des expériences mystiques avec une telle humilité et une telle discrétion que leur entourage n’en percevait pas toute la profondeur. Carlo pouvait lui aussi « garder toutes ces choses dans son cœur » et préférer vivre sa foi plutôt que d’en parler constamment. Un camarade pouvait donc connaître l’adolescent avec lequel il étudiait, plaisantait et partageait certains loisirs sans avoir accès à l’intégralité de sa vie spirituelle.
29 min: « Carlo et son ami Federico Oldani ont osé rigoler en classe à une blague pas très mature »
« Il poursuit avec une anecdote dans la classe de Carlo: Un jour, selon l’ami de Carlo, un enseignant prononça mal un mot en latin et finit par dire un mot italien qui se traduit approximativement par mets le toit dans le cul. Les garçons rirent tellement fort qu’ils furent expulsés du cours.”
Et alors ? Le fait que Carlo ait ri d’une plaisanterie immature et ait été expulsé d’un cours ne démontre aucunement qu’il ne pouvait pas être saint. La canonisation ne signifie pas qu’une personne n’a jamais commis la moindre faute, fait preuve d’immaturité ou participé à une plaisanterie triviale. Elle porte sur l’orientation générale de sa vie et sur la pratique héroïque des vertus, non sur une perfection absolue dans chacun de ses comportements. Cette anecdote – si elle est vraie – peut tout au plus montrer que Carlo était un adolescent capable de chahuter avec ses camarades. Pour en faire une objection sérieuse à sa canonisation, il faudrait établir un comportement habituel ou une faute grave incompatible avec les vertus qui lui sont attribuées. Une plaisanterie isolée ne suffit manifestement pas.
30 min — Carlo Acutis a regardé Les Simpson. Or, le film contient des propos non catholiques, voire parfois anticléricaux.
C’est probablement l’argument le plus faible de toute la vidéo (et il y avait de la concurrence!). Aimer un dessin animé qui contient parfois quelques affirmations anecdotiques anticléricales ne suffit pas nécessairement à justifier qu’on le jette entièrement à la poubelle. On peut apprécier un film dans son ensemble sans approuver toutes les affirmations de certains de ses personnages. Cela ne constitue aucunement une preuve que Carlo n’était pas vertueux.
32 min — Carlo et son ami auraient loué des films « chauds », comme Eurotrip, comportant des scènes de baisers et à caractère sexuel.
Et alors ? Si je suis catholique, j’ai le droit d’aimer James Bond, même si certains films comportent des scènes à caractère sexuel que je n’approuve pas forcément ! Je peux apprécier ces films pour d’autres aspects, comme l’action, l’humour ou les péripéties, sans m’arrêter à ce détail mineur.
On peut naturellement se demander si le choix de ce film était prudent ou conforme à la morale catholique. Mais même en admettant qu’il s’agisse d’un choix immature ou moralement discutable, une faute ponctuelle ne suffit pas à démontrer l’absence de sainteté. La canonisation ne signifie pas qu’une personne n’a jamais commis la moindre faute ou n’a jamais manqué de discernement. Elle concerne l’orientation générale de sa vie et la pratique des vertus à un degré héroïque, surtout durant sa maladie. Par ailleurs, nous ne connaissons pas la réaction de Carlo Acutis par rapport à ce film. Il aurait très bien pu avoir voulu le regarder sans savoir que c’était un mauvais film, puis ne pas avoir su comment réagir, ce qui aurait diminué sa culpabilité. Pour constituer une objection sérieuse, il faudrait donc établir chez Carlo une habitude volontaire et persistante incompatible avec les vertus qui lui sont attribuées, et non citer isolément un film qu’il aurait regardé avec un ami.
34min30 : Les amis de Carlo n’ont pas voulu reconnaître sa canonisation
Absinners poursuit: “Oldani a créé un groupe Facebook en la mémoire de son ami décédé. Il s’appelait Les amis de Carlo. Au début, les membres étaient seulement des gens qui l’avaient connu de son vivant, mais très rapidement, de nouveaux membres commençaient à affluer, ces membres publiaient en boucle du contenu religieux dévotionnel, du contenu qui était très loin de la mémoire qu’avait Oldani de son ami décédé. Au bout d’un moment, le groupe est devenu hors de contrôle et Oldani a préféré quitter le navire, car cette nouvelle version de Carlo lui semblait méconnaissable. Je le cite: Je ne veux pas lire ce qu’on écrit sur Carlo. Je repousse tout cela. Je ne veux pas laisser entrer ce nouveau Carlo. Personnellement, je suis interpellé par le fait que le meilleur ami de Carlo aille jusqu’à dire que le Carlo tel qu’il est dépeint par les fidèles de l’Église, est totalement différent.”
Le témoignage de Federico Oldani mérite d’être entendu, mais il ne prouve pas que la canonisation de Carlo repose sur une invention. Tout d’abord, la citation ne montre pas qu’Oldani aurait rejeté la canonisation de Carlo. Elle montre surtout son malaise devant la transformation d’un groupe consacré à la mémoire personnelle de son ami en un espace de dévotion religieuse. Ce n’est pas la même chose. Oldani pouvait vouloir conserver le souvenir intime du camarade qu’il avait connu et ne pas se reconnaître dans les publications de personnes qui ne l’avaient jamais rencontré.
Ensuite, le portrait dévotionnel d’un saint diffère nécessairement du souvenir qu’en conservent ses camarades. Ceux-ci ont connu Carlo comme un adolescent avec lequel ils allaient en cours, plaisantaient ou jouaient. Ils n’avaient pas forcément accès à toute sa vie intérieure, à ses pratiques religieuses, à ses œuvres de charité ou à son comportement dans le cadre familial. Inversement, les fidèles qui ne l’ont pas connu risquent effectivement de produire un portrait excessivement idéalisé, en ne retenant de lui que les aspects religieux. Ces deux images peuvent être partielles sans que l’une d’elles soit entièrement fausse.
Surtout, le comportement de certains membres d’un groupe Facebook ne constitue pas le fondement d’une canonisation. Celle-ci est censée reposer sur une enquête portant sur de nombreux témoignages, sur les écrits et les actes de la personne, sur la pratique héroïque des vertus ainsi que sur les miracles attribués à son intercession. Pour contester sérieusement la canonisation, il faudrait montrer que les éléments recueillis au cours de cette enquête ont été falsifiés ou que des témoignages déterminants ont été volontairement écartés. Souvent, dans une Cause de Canonisation il y a une ou deux voix qui sont contraires. On les prend en considération en essayant de comprendre leur raison et de chercher la vérité!
Le témoignage d’Oldani peut donc légitimement servir à critiquer certaines représentations populaires, excessives ou désincarnées de Carlo. En revanche, il ne suffit pas à démontrer que sa piété aurait été inventée, encore moins que les conclusions de la procédure de canonisation seraient fausses. Il rappelle surtout qu’un saint demeure une personne réelle, dont la personnalité ne se réduit pas à l’image pieuse diffusée après sa mort.
36 min 28 — Certains camarades de Carlo auraient vécu sa canonisation comme un « kidnapping »
“On a un article du National Catholic Public Reporters qui a interviewé un ancien professeur de la classe de Carlo, Fabrizio Zappa. Voici ce qu’il dit sur le sentiment général de l’ancienne classe de Carlo: Ces camarades de classe, je dois être honnête, n’ont pas vraiment digéré cette histoire, a déclaré Zappa, ajoutant que certains de ses camarades considéraient cette canonisation comme un, “Kidnapping”. Leur réaction consiste à dire: Non, Carlo était l’un des nôtres et nous voulons nous souvenir de lui comme l’un des nôtres, pas comme d’un saint qu’on vénère sur un autel.”
Ce témoignage mérite d’être pris en considération, mais il faut éviter de lui faire dire davantage que ce qu’il affirme réellement. Absinners présente d’abord cette réaction comme le « sentiment général » de l’ancienne classe de Carlo. Or Fabrizio Zappa déclare seulement que « certains » de ses camarades considéraient sa canonisation comme une forme de « kidnapping ». Nous ne savons donc ni combien d’entre eux partageaient ce sentiment ni s’il était représentatif de l’ensemble de la classe.
Surtout, le mot « kidnapping » ne signifie pas nécessairement que ces camarades niaient la piété ou les vertus de Carlo. Leur réaction paraît plutôt exprimer le sentiment qu’une personne qui appartenait à leur cercle intime leur aurait été symboliquement retirée pour devenir une figure publique mondiale, vénérée par l’Eglise universelle. Ils souhaitaient se souvenir de leur camarade tel qu’ils l’avaient connu, tandis que les fidèles le regardaient désormais comme un saint à vénérer. Cette réaction humaine et affective est compréhensible, mais elle ne constitue pas un jugement argumenté sur le bien-fondé de sa canonisation.
Il n’existe d’ailleurs aucune contradiction entre le fait que Carlo ait été « l’un des leurs » et le fait qu’il puisse être saint. Selon la conception catholique, un saint n’est pas un être désincarné ou séparé de la vie ordinaire : il peut être simultanément un camarade de classe, un ami, un adolescent ordinaire sous certains aspects et une personne ayant pratiqué les vertus chrétiennes à un degré héroïque.
Enfin, ses anciens camarades n’avaient pas nécessairement connaissance de l’ensemble de sa vie spirituelle, familiale et caritative. Leur témoignage est pertinent pour comprendre le Carlo qu’ils côtoyaient à l’école, mais il ne suffit pas, à lui seul, à invalider les autres témoignages et les éléments examinés au cours de la procédure de canonisation.
Cette réaction peut donc nourrir une critique légitime de la transformation médiatique ou dévotionnelle de l’image de Carlo. Elle ne démontre cependant ni que sa sainteté aurait été inventée ni que sa canonisation serait injustifiée.
39 à 40 min — Absence de photographies religieuses après l’âge de 7 ans, celui de sa première communion.
Argument ridicule ! D’abord, il existe des photos de Carlo prises bien après sa première communion, notamment lors de sa confirmation à l’âge de 13 ans, comme celles ci-dessous où Carlo tient un livret avec une icône religieuse.


Du reste, Absinners s’attend-il à trouver des photos de Carlo priant les mains jointes à l’église ? Presque aucun saint n’a été photographié pendant qu’il priait! Le père Will Conquer témoigne : « Je suis prêtre et, pourtant, je n’ai aucune photo de moi enfant assistant à la messe ! ». Une photographie peut attester la présence d’une personne à un événement, mais son absence ne démontre pas que cet événement ou cette pratique n’a jamais existé. Pour évaluer la piété de Carlo, il faut donc examiner l’ensemble des témoignages et des documents disponibles, et non tirer une conclusion définitive de l’absence supposée de certaines images.
40 min: Il existe des photos prétendument trafiquées montrant Carlo avec beaucoup de piété « Ceux qui veulent ériger Carlo au rang de saint sont obligés de trouver des photos trafiquées. »
S’il existe des montages présentés à tort comme des photographies authentiques, il faut évidemment les signaler et cesser de les utiliser. De telles falsifications peuvent contribuer à construire une représentation idéalisée et historiquement inexacte de Carlo.
Cependant, l’existence de montages diffusés sur Internet ne démontre pas que les responsables de la procédure de canonisation les auraient créés, approuvés ou utilisés comme preuves. Les personnalités connues, y compris les saints, font fréquemment l’objet de montages produits par des admirateurs ou diffusés sans vérification.
Pour que cette objection puisse remettre réellement en cause la canonisation, il faudrait démontrer que ces photographies ont été intégrées au dossier officiel ou employées afin de tromper les enquêteurs. Sans cette démonstration, elles permettent tout au plus de critiquer certains excès de la piété populaire, et non les conclusions de la procédure canonique. (D’ailleurs dans les Causes des saints, les photos ne sont jamais des preuves de sainteté. On les ajoute dans une annexe à la fin de la Positio pour illustrer le travail fait).
44 min — Carlo n’est pas l’auteur du site sur les miracles eucharistiques
Cela n’a aucun rapport avec sa sainteté. Même si l’on admettait que Carlo n’avait jamais créé ce site, cela resterait parfaitement compatible avec sa canonisation !
De 48 à 56 min — Il n’existerait aucune exposition de Carlo Acutis sur les miracles eucharistiques.
D’après Absinners : « Sergio Meloni a réalisé tout seul l’exposition sur les miracles eucharistiques. Par la suite, son travail lui aurait été volé afin d’être attribué à Carlo Acutis et de justifier sa canonisation. »
Cette objection est à la fois absurde et hors sujet. La canonisation de Carlo ne repose pas sur la question de savoir s’il a réalisé ou non une exposition !
De plus, comme le dit le Père Will COnquer : « Personne ne défend que Carlo Acutis aurait « inventé » de toutes pièces une exposition sur les miracles eucharistiques. Comme le montre l’article d’Agnese Pellegrini publié dans Famiglia Cristiana en 2006, dès les années 2000, un véritable mouvement de redécouverte et de valorisation des miracles eucharistiques était déjà à l’œuvre. Ce que j’ai tenté de montrer dans mon livre, c’est précisément que Carlo s’inscrit dans ce courant de renouveau de la dévotion eucharistique – une dévotion alors fragilisée et parfois reléguée au second plan.
Silvio Meloni, ami de la famille Acutis, avait entrepris un travail sur les miracles eucharistiques qui n’avait pas vraiment abouti. C’est alors que Carlo entre en scène. Il s’appuie d’un côté sur le travail plus académique du père Roberto Coggi, o.p., dominicain, notamment dans son Piccolo catechismo eucaristico (Edizioni Studio Domenicano), qui propose une présentation et une sélection des miracles eucharistiques, et de l’autre sur les recherches de Silvio Meloni. Carlo adapte, simplifie et organise ce matériau. Mais surtout il motive par sa curiosité infantile et sa soif de vérité, qui réveille non seulement sa mère de son sommeil dogmatique, mais aussi ses collaborateurs qui voient un jeune désireux de recevoir ce qu’ils ont du mal transmettre. Il s’agit donc d’un travail d’équipe, et cela a toujours été dit clairement. Dès ma première visite de l’exposition en 2007, on me l’a présenté comme tel : ce n’était pas l’œuvre solitaire de Carlo, mais comme dit son ami dans l’article de The Economist, un projet de classe.
Bien sûr, sa mère, Antonia, a joué un rôle déterminant. Mais c’est Carlo qui l’a activée. C’est lui qui, dès sa première communion, multiplie les questions. C’est lui qui pousse sa mère à approfondir, à voyager avec lui (notamment à Paris pour rencontrer les Éditions Salvator pour le diffuser en français), et à rendre ces réalités accessibles. Il y a eu entre eux une sorte de dialogue maïeutique : la mère et le fils se sont mutuellement stimulés et ont donné naissance à ces projets que la maman de Carlo continue de porter aujourd’hui avec le groupe des amis de Carlo, qui s’est élargi aux dimensions du monde.
Il serait absurde de présenter Carlo comme un « Steve Jobs » ou un « Elon Musk » de l’invention, comme s’il avait tout créé seul. Ce n’est d’ailleurs pas le point. Ce qui est remarquable, c’est qu’avec sa mère (qui ne l’aurait pas fait sans lui), il a su mettre les technologies de son temps – notamment Internet, à travers le site de sa paroisse – au service de la diffusion de la dévotion eucharistique. Il a été un pionnier dans ce domaine, non pas en travaillant isolément, mais en collaborant. Et c’est précisément ce qu’il a réussi : travailler avec les autres. »
57 min 18 — L’ancien professeur de Carlo, Fabrizio Zappa, s’est dit surpris d’apprendre que son élève allait devenir un saint : « Au début, je ne voulais pas y croire, dans le sens où il pouvait y avoir tant d’autres jeunes comme lui. »
Le fait qu’il ait eu du mal à le croire ne démontre pas que Carlo n’est pas saint, c’est-à-dire qu’il n’a pas pratiqué les vertus à un degré héroïque, ni que les guérisons attribuées à son intercession sont fausses.
Ce professeur a connu Carlo pendant une année, lorsqu’il était jeune, mais cela ne signifie pas qu’il connaissait toute sa vie ni son comportement en dehors des cours. Il est tout à fait logique que la sainteté ne soit pas toujours perceptible en classe. À l’école, on est là pour apprendre, écrire et travailler : ce n’est pas nécessairement le lieu où les vertus héroïques d’une personne sont les plus visibles.
58 min — L’impact économique : Carlo est devenu une sorte d’attraction touristique religieuse. Sa canonisation présenterait donc un avantage financier.
Cet argument est hors sujet et ne remet pas en cause la canonisation. Le tourisme religieux est une conséquence fréquente, voire inévitable, de toute canonisation, et non sa cause. Cet effet, constaté a posteriori, ne concerne aucunement les vertus héroïques de Carlo ni les miracles attribués à son intercession et retenus pour sa canonisation.
1 h — L’Église aurait cherché une figure jeune pour la nouvelle génération, afin de montrer que la sainteté est également accessible aux jeunes : « C’est un outil de propagande destiné aux jeunes. » ; « Carlo est là pour que les jeunes catholiques s’identifient à lui. »
Encore une fois, cet argument est hors sujet. Si Carlo était véritablement un jeune homme vertueux, il est parfaitement normal de vouloir le promouvoir comme modèle auprès des jeunes. Cette démarche de communication a du sens dès lors que les critères de canonisation sont remplis. Le simple fait de constater son existence ne suffit aucunement à remettre en question la canonisation de Carlo.
1 h 02 — « Le vrai Carlo, il jouait jusqu’à pas d’heure à Halo sur sa console et regardait des films débiles avec ses potes. Carlo, il n’emmerdait pas les autres avec ses croyances. »
La première affirmation n’est aucunement incompatible avec la sainteté. On peut aimer les jeux vidéo, veiller tard à l’occasion et regarder des films avec ses amis tout en menant une vie chrétienne vertueuse. La canonisation ne transforme pas une personne en être désincarné, dépourvu de loisirs ou de relations amicales. Pour que ces activités constituent une véritable objection, il faudrait montrer qu’elles occupaient une place excessive ou qu’elles entraînaient habituellement Carlo vers des comportements gravement contraires aux vertus qui lui sont attribuées.
La seconde affirmation doit être nuancée. Certes, Carlo « n’emmerdait pas les autres » (là, c’est l’athée qui parle!) avec la foi au sens où il ne se livrait pas à un prosélytisme brutal ou forcé. Il évangélisait néanmoins avec discrétion, notamment par le témoignage de sa vie.
1 h 03 — L’offrande de ses souffrances, l’exposition de son corps et l’influence de sa mère
Absinners termine: « Au moment de sa mort, il est rapporté que Carlo aurait offert sa souffrance au pape et à l’Église. Et il choisit d’offrir ses souffrances pour le pape et l’Église. On a même des rumeurs qui ont été répandues comme quoi, Carlo, il aurait refusé des antidouleurs, justement, pour offrir cette souffrance. Pour moi, elle est là, la vraie indécence. Aller jusqu’à glorifier l’agonie d’un pauvre gosse qui est mort d’une leucémie pour au final foutre son cadavre sous une webcam 24 heures sur 24. C’est ça l’indécence. Ce qu’a voulu faire la mère de Carlo, c’est tout simplement tragique. Elle a utilisé son influence, ses contacts, son argent pour offrir une place au paradis à son défunt fils.”
Tout d’abord, offrir sa souffrance pour le pape et pour l’Église ne revient pas à glorifier la maladie ou l’agonie. Dans la spiritualité catholique, offrir une souffrance signifie donner un sens spirituel à une épreuve que l’on n’a pas choisie. Cela ne consiste ni à rechercher la douleur ni à refuser les soins médicaux. Quant à l’affirmation selon laquelle Carlo aurait refusé des antidouleurs, l’auteur reconnaît lui-même qu’il s’agit de rumeurs. Une rumeur non étayée ne saurait donc constituer un argument contre sa canonisation.
Ensuite, la manière dont son corps est aujourd’hui exposé peut légitimement mettre certaines personnes mal à l’aise, mais ce malaise ne démontre rien au sujet de la sainteté de Carlo. Cette exposition a été faite après sa mort (et lorsque sa béatification venait d’être décidée) : elle ne peut donc remettre en cause ni les vertus qu’il a pratiquées de son vivant ni l’authenticité des miracles attribués à son intercession.
Enfin, prétendre que sa mère aurait cherché à lui « offrir une place au paradis » grâce à son influence et à son argent repose sur une ignorance totale de ce qu’est une canonisation. Selon la doctrine catholique, une canonisation ne fait entrer personne au paradis : elle reconnaît officiellement qu’une personne s’y trouve déjà et qu’elle peut être proposée comme modèle et comme intercesseur aux fidèles. Une mère ne peut donc pas « acheter » le salut de son fils.
Encore une fois pour contester sérieusement sa canonisation, il aurait fallu montrer que l’enquête sur ses vertus ou sur les miracles retenus a été falsifiée. Employer des expressions volontairement choquantes comme « foutre son cadavre sous une webcam » ne fournit aucune preuve de cela : c’est un procédé rhétorique destiné à provoquer le dégoût, et non un argument contre la sainteté de Carlo.
Conclusion générale
Au terme de cette analyse, que reste-t-il réellement de la démonstration d’Absinners ? Quelques exagérations de catholiques sur Internet, des photographies douteuses, des souvenirs partiels de camarades de classe et une interminable série d’anecdotes parfaitement compatibles avec la sainteté : Carlo regardait Les Simpson, jouait à Halo, riait à des plaisanteries immatures et n’assommait pas ses amis avec ses croyances. Quel scandale !
Absinners réussit parfois à réfuter une caricature naïve de Carlo, transformé par certains fidèles en adolescent surnaturel et désincarné. Mais il ne démontre jamais l’essentiel : que Carlo n’aurait pas pratiqué les vertus chrétiennes à un degré héroïque, que l’enquête canonique aurait été truquée ou que les guérisons retenues disposeraient d’une explication médicale satisfaisante.
À la place des preuves annoncées, nous trouvons surtout des insinuations, des procès d’intention et un vocabulaire soigneusement choisi pour provoquer le mépris et le dégoût. La fortune de la famille devient une preuve de corruption ; la promotion de Carlo auprès des jeunes devient de la « propagande » ; la vénération de son corps devient un « cadavre sous webcam ». Cette rhétorique est spectaculaire, mais elle ne remplace pas une démonstration.
En définitive, Absinners a peut-être ébranlé quelques légendes populaires. Il n’a pas réfuté la canonisation de Carlo Acutis. Pour cela, il aurait fallu produire autre chose que du sarcasme, des soupçons et des anecdotes montées en épingle.
